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Sous Courcelles, un bateau de neuf tonnes nettoie les égouts à la force de l’eau

Descendu de nuit avec à peine 2 cm de marge, un bateau-vanne va curer le grand collecteur entre Courcelles et Alma grâce à une technique héritée de Belgrand.

Illustration - bateau-vanne dans les égouts

Dans la nuit du 24 au 25 septembre, une grue a soulevé un bateau de près de dix mètres de long au-dessus de la rue de Courcelles. L’engin, environ neuf tonnes, a ensuite été descendu à l’oblique dans un puits d’accès aux égouts, avec à peine 2 cm de marge de chaque côté. Sa destination n’est pas la Seine mais le collecteur qui relie le 234, rue de Courcelles, au pont de l’Alma, où il doit participer au curage des grands ouvrages.

L’étrangeté de la scène tient surtout à la machine elle-même. Le principe du bateau-vanne remonte au réseau moderne conçu sous Eugène Belgrand au XIXe siècle. Appelé par Haussmann en 1854, l’ingénieur développe aussi les outils nécessaires à son entretien : bateaux-vannes pour les grands collecteurs, wagons-vannes pour les ouvrages plus petits. Le Musée des Égouts souligne que ces principes de curage sont toujours employés aujourd’hui.

Le bateau fonctionne comme un barrage mobile. Sa vanne retient l’eau devant lui ; lorsqu’elle s’ouvre, le courant chasse vers l’aval le sable et les autres dépôts accumulés au fond du collecteur. Ceux-ci sont conduits jusqu’à un bassin de dessablement avant d’être aspirés. Pour les passages plus étroits, Paris applique le même principe avec des wagons-vannes.

Cette technique ancienne n’a rien d’automatique. Dans une précédente campagne détaillée par la Ville, un bateau-vanne progressait mètre par mètre et une grande partie de sa manœuvre restait manuelle, avec au moins six agents mobilisés chaque jour. Lors de la descente à Courcelles, des égoutiers attendaient également l’engin en bas du puits pour le stabiliser et l’amarrer.

Cette mécanique reste utile parce qu’elle correspond à celle des égouts parisiens. Le réseau fonctionne largement par gravité : l’eau avance par la pente, et les dépôts qui s’accumulent gênent progressivement l’écoulement. En octobre 2024, les agents relevaient 12 499 m³ de sable dans les collecteurs, soit 15 % de plus qu’un an auparavant. Sur l’ensemble de l’année, 5 645 tonnes de sables, graisses et autres produits avaient été retirées lors des opérations de curage.

La permanence du bateau-vanne dit aussi quelque chose de la manière dont Paris entretient son sous-sol. Une grande partie des galeries, construites au XIXe siècle, sont visitables. Plutôt que de les remplacer comme des canalisations, Paris les entretient et les rénove depuis l’intérieur, en continu.

À Courcelles, la chaussée a été refermée après quelques heures et la circulation a repris. Sous les voitures et les immeubles du 17e arrondissement, le bateau a commencé un autre travail, beaucoup plus lent : utiliser l’eau des égouts pour pousser, mètre après mètre, ce que Paris dépose au fond de ses propres galeries.

Sources consultées
  1. Ville de ParisLe bateau-vanne a retrouvé… les égouts !
  2. Musée des Égouts de ParisL’histoire des égouts de Paris
  3. Ville de ParisLe bateau-vanne reprend son chemin dans les égouts
  4. Ville de ParisRapport annuel 2024 sur le prix et la qualité des services publics de l’eau potable et de l’assainissement
  5. Le Parisien« Un travail de l’ombre » : à quoi sert ce bateau de 9 tonnes qui plonge dans les égouts de Paris ?