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Aux Catacombes, Nadar a fait entrer le Paris invisible dans la photographie

Le premier accrochage des Catacombes révèle comment Nadar a utilisé Paris comme laboratoire photographique, des galeries souterraines aux premières vues aériennes.

Nadar sous Paris

Ce mardi 29 septembre, les Catacombes inaugurent le premier accrochage temporaire de leur parcours rénové. Dans le pavillon d’entrée, une quinzaine de reproductions des photographies de Nadar sont accompagnées de brevets, dessins, affiches et caricatures. Le fil qui les relie est presque vertical : en quelques années, Nadar photographie Paris sous terre, dans ses infrastructures cachées, puis depuis le ciel.

En 1862, la campagne photographique souterraine de Nadar commence vingt mètres sous les rues de Paris. Ernest Lamé-Fleury, inspecteur des carrières, l’a invité à tester son procédé dans les Catacombes. L’expérience, menée entre février et avril, exige tout un atelier souterrain : plaques de verre, collodion, lampes, câbles et laboratoire mobile. Un inspecteur des lignes télégraphiques fournit même un kilomètre de fil conducteur. Les poses sont si longues que Nadar utilise des mannequins pour donner une présence humaine et une échelle à certaines scènes.

Cette descente répond à un problème très concret de la photographie naissante : l’appareil dépend encore largement du soleil. Nadar expérimente la lumière artificielle depuis 1859 et dépose le 4 février 1861 un brevet portant sur le tirage d’épreuves photographiques positives à la lumière électrique ou au gaz. Lamé-Fleury y voit aussi un moyen de montrer son « domaine obscur » autrement que par les gravures parfois fantaisistes qui circulent alors. Avec Nadar, les murs d’ossements deviennent les premières images photographiques connues des Catacombes.

En 1865, Nadar reprend son dispositif dans les égouts. Paris est alors transformé par de nouveaux réseaux d’assainissement : la photographie donne à voir une infrastructure inaccessible au public autant qu’un décor souterrain. Puis le mouvement s’inverse. Nadar avait déposé dès 1858 un brevet de photographie aérostatique et raconté un premier essai réussi au Petit-Bicêtre, dont l’image a disparu. En 1868, depuis le ballon captif d’Henri Giffard, il réalise huit vues de Paris encore conservées. Après les entrailles de la ville, l’appareil découvre ses toits.

Ce rapprochement donne sa raison d’être au nouvel espace des Catacombes. Le site a rouvert le 8 avril après cinq mois de travaux sur ses installations, sa conservation et son parcours de visite. Il dispose désormais d’un espace d’exposition appelé à accueillir chaque automne un nouvel accrochage lié à son histoire. Pour cette première édition, les originaux de Nadar, trop fragiles, restent en réserve : le public en voit uniquement des reproductions.

« Nadar : inventer Paris, des profondeurs au ciel » reste présenté jusqu’au 31 janvier 2027 et son accès fait partie de la visite des Catacombes. Les billets sont ouverts sept jours à l’avance ; on peut réserver un créneau sur la billetterie officielle. Avant même d’entrer dans l’ossuaire, le visiteur rencontre ainsi les images produites par un photographe qui avait déjà transformé ce sous-sol parisien en laboratoire, cent soixante-quatre ans plus tôt.

Sources consultées
  1. Catacombes de ParisNadar : inventer Paris, des profondeurs au ciel
  2. Bibliothèque nationale de FranceLes innovations
  3. Institut national de la propriété industrielleNadar et les brevets d’inventions : une histoire de famille