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Au Collège de France, neuf leçons des années 1990 reprennent la parole

Neuf leçons inaugurales prononcées entre 1991 et 1998 rejoignent les archives numériques du Collège de France, dont l’amphithéâtre s’ouvre au public ce dimanche.

Illustration du Collège de France

Ce dimanche 20 septembre, le public peut entrer au 11, place Marcelin-Berthelot et parcourir l’amphithéâtre Marguerite-de-Navarre, où sont aujourd’hui prononcées les leçons inaugurales du Collège de France. Quatre jours plus tôt, neuf de ces leçons, données entre 1991 et 1998, ont rejoint le fonds audiovisuel numérique de l’institution. Le même week-end permet ainsi de voir le lieu où ce rituel se poursuit et d’en retrouver neuf moments dans les archives.

Le contenu de ces neuf leçons raconte mieux l’époque que la simple liste de leurs chaires. En février 1992, le sociologue allemand Wolf Lepenies s’interroge sur les intellectuels européens après la fin des utopies, en opposant les hommes de science aux hommes de lettres, cette « espèce qui se plaint » empruntée à Paul Valéry. En octobre 1995, Jacques Bouveresse place sa philosophie du langage face à une question élémentaire et redoutable : comment parler de la réalité sans confondre celle-ci avec la manière dont nous la représentons ? Deux mois plus tard, l’anthropologue ivoirien Harris Memel-Fotê examine l’esclavage lignager africain à partir des droits humains, de leur existence dans ces sociétés et de leurs contradictions. En 1998, Philippe Kourilsky décrit de son côté une immunologie en train de changer d’échelle sous l’effet de la biologie moléculaire.

C’est précisément la fonction de la leçon inaugurale. Elle constitue le premier cours d’un professeur nouvellement nommé au Collège de France. Devant ses collègues mais aussi devant un large public, il doit situer son travail dans l’état présent de sa discipline et annoncer les chemins qu’il compte explorer. Une archive de ce rituel conserve donc autre chose qu’un exposé savant : elle fixe le moment où un chercheur dit ce qui, à ses yeux, mérite alors d’être cherché.

Les neuf leçons couvrent un spectre étonnamment large. À côté de la philosophie, de l’anthropologie et de l’immunologie figurent l’astrophysique observationnelle d’Antoine Labeyrie, les langues et religions indo-iraniennes de Jean Kellens, l’économie de Werner Hildenbrand ou encore une réflexion d’Abram de Swaan sur langue et culture dans une société devenue transnationale. La collection ressemble moins à un panorama organisé qu’à une coupe dans les préoccupations savantes des années 1990.

Depuis 2010, les nouvelles leçons inaugurales paraissent aussi sous forme numérique, tandis que les plus anciennes sont progressivement numérisées. Le lot publié cette semaine ajoute neuf leçons des années 1990 à ce corpus accessible en ligne.

À Paris, la version matérielle de ce rituel reste visible aujourd’hui. Le site Marcelin-Berthelot est ouvert jusqu’à 18 heures et le parcours passe par l’amphithéâtre Marguerite-de-Navarre. À la fermeture des portes, les neuf leçons des années 1990, elles, resteront accessibles dans les archives numériques.

Sources consultées
  1. Collège de FranceTrésors audiovisuels du Collège de France : des leçons inaugurales à redécouvrir
  2. Collège de FranceJournées européennes du patrimoine 2026
  3. Collège de FranceLeçons inaugurales
  4. Collège de FranceLa fin de l’utopie et le retour de la mélancolie. Regard sur les intellectuels d’un vieux continent
  5. Collège de FrancePhilosophie du langage et de la connaissance