
Six ans après le premier confinement, la mémoire du Covid-19 acquiert une adresse à Paris. À partir du mercredi 16 septembre, un espace permanent consacré à la pandémie ouvrira gratuitement au public, chaque mercredi de 14 h à 17 h 30, au 12 rue de l’École-de-Médecine, dans le 6e arrondissement. Université Paris Cité le présente comme le premier lieu pérenne de ce type en France.
Le cadre produit un curieux raccourci temporel. Au premier étage du site Odéon, près du musée d’Histoire de la médecine, la salle du Sénat académique conserve sa moquette de velours bordeaux, ses moulures et sa grande hauteur sous plafond. De grands écrans ont désormais pris place sur les murs. Dans ce décor universitaire ancien, ce sont les confinements, les distances imposées et les relations sociales bouleversées de 2020 qui deviennent matière d’exposition.
Le premier parcours, conçu par l’historien Georges Vigarello et l’anthropologue Laëtitia Atlani-Duault, s’organise autour de trois expériences que presque chacun peut reconnaître : le temps qui ne s’écoulait plus normalement, l’espace soudain réduit ou tenu à distance, et les liens sociaux transformés par l’isolement et les règles sanitaires. L’exposition replace également le Covid-19 dans l’histoire plus longue des pandémies.
Cette mémoire a commencé à être recueillie alors que la crise était encore en cours. Laëtitia Atlani-Duault a fondé l’Institut Ad Memoriam en mai 2020 et ses membres ont collecté témoignages, images et traces du quotidien. Parmi ces récits figure celui d’une infirmière affectée à une unité Covid : pour protéger sa famille, elle racontait se déshabiller et se doucher dans sa cave après ses gardes, puis dormir sur le canapé. Au même moment, sa sœur interrompait un appel pour aller applaudir les soignants à la fenêtre.
Le lieu, inauguré le 28 mai mais jusqu’ici non ouvert régulièrement au grand public, doit évoluer avec de nouvelles expositions, des débats, des conférences et des colloques. Des expositions temporaires sont prévues tous les six mois et l’une des prochaines doit explorer les représentations artistiques de la grippe espagnole et leurs échos pendant le Covid.
L’ouverture de septembre intervient assez tôt pour que cette histoire ne soit pas encore froide. Les visiteurs n’auront pas besoin qu’on leur explique ce qu’était le confinement : ils pourront comparer le récit proposé avec leurs propres rues vides, leurs proches éloignés ou leurs souvenirs d’hôpital. C’est précisément ce qui rend ce lieu parisien singulier : l’histoire qu’il expose appartient encore à ceux qui pousseront sa porte.
Mercredi après-midi, cette porte s’ouvrira au premier étage du 12 rue de l’École-de-Médecine.