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Eva Gonzalès : près de 100 œuvres, du jamais-vu depuis 1885

Dès le 15 septembre, le Petit Palais réunit près de 100 œuvres d’Eva Gonzalès, une ampleur que Paris n’avait plus connue depuis 1885.

Eva Gonzalès devant ses tableaux

À Paris, Eva Gonzalès va soudain prendre beaucoup plus de place. Le 15 septembre, le Petit Palais ouvre une exposition réunissant près de 100 peintures, pastels et gravures de l’artiste. Le musée la présente comme la première, depuis la rétrospective parisienne de 1885, à retrouver une telle ampleur.

Pour réunir cet ensemble, le Petit Palais a obtenu des prêts du musée d’Orsay, mais aussi de la Kunsthalle de Brême, de la National Gallery de Londres, de Denver, Dallas ou Chicago, auxquels s’ajoutent plusieurs collections privées. En 1885, deux ans après la mort de Gonzalès, les salons de La Vie moderne avaient exposé 88 de ses œuvres. D’autres expositions lui ont été consacrées ensuite, notamment en 1914, 1932, 1950 et 1959. Ce qui distingue 2026 est donc la quantité d’œuvres à nouveau rassemblées en un même lieu.

Paris n’est pas seulement le lieu de cette réunion. C’est aussi la ville où Gonzalès apprend à devenir peintre à une époque où cette carrière est autrement plus compliquée pour une femme. Elle se forme dans l’atelier privé de Charles Chaplin, l’un de ceux qui accueillent des élèves auxquelles l’École des beaux-arts reste fermée. Chaplin leur permet notamment de travailler d’après modèle vivant, possibilité encore rare dans les ateliers féminins. En 1869, Gonzalès travaille ensuite auprès d’Édouard Manet, dans son atelier du 81 rue Guyot. Elle devient sa seule élève formelle et l’un de ses modèles. Dès 1870, pourtant, elle expose au Salon sous son propre nom.

Le lien avec Manet accompagne encore presque systématiquement son nom. L’autre raccourci consiste à la ranger directement parmi les impressionnistes. Ses sujets et sa manière dialoguent avec eux, mais Gonzalès ne participe à aucune des expositions organisées par le groupe. Elle poursuit plutôt sa carrière au Salon, de 1870 jusqu’à sa mort en 1883.

Une loge aux Italiens montre bien ce que ces catégories laissent de côté. Peinte vers 1874, la toile représente sa sœur Jeanne et Henri Guérard, son futur mari, dans une loge de théâtre. Le bouquet, les étoffes claires sur fond sombre et le sujet pris dans la vie parisienne trahissent le dialogue avec Manet. Mais le tableau a sa propre histoire : remanié, il est finalement présenté au Salon de 1879, où il reçoit un accueil favorable. Il appartient aujourd’hui au musée d’Orsay.

Autour de lui, l’exposition élargit nettement le regard : femmes lisant, dormant, s’habillant ou s’occupant d’enfants, proches servant de modèles, intérieurs bourgeois, fenêtres et séjours sur les côtes normandes. Jeune fille au réveil vient de Brême, Miss et bébé de Washington, La Psyché de Londres. Mis côte à côte, ces tableaux racontent moins « l’élève de Manet » qu’une peintre attentive aux vies qui se déroulaient sous ses yeux.

« Eva Gonzalès. Parcours d’une artiste libre » est présentée au Petit Palais, avenue Winston-Churchill, du 15 septembre 2026 au 24 janvier 2027. Tarif plein : 14 euros, tarif réduit : 12 euros. Le musée conseille de réserver un créneau sur la billetterie officielle de Paris Musées.

Gonzalès meurt le 6 mai 1883 d’une embolie, peu après la naissance de son fils. Deux ans plus tard, sa famille et ses proches organisent l’exposition de 88 œuvres qui sert aujourd’hui encore de point de comparaison. Le Petit Palais reprend ce fil 141 ans plus tard, sans effacer les rétrospectives intermédiaires, mais avec suffisamment d’œuvres dans ses salles pour que Gonzalès cesse enfin d’apparaître seulement dans les marges de Manet.

Sources consultées
  1. Petit PalaisEva Gonzalès. Parcours d’une artiste libre
  2. Petit PalaisCommuniqué de presse – Eva Gonzalès
  3. Musée d’OrsayUne loge aux Italiens
  4. National GalleryEva Gonzalès
  5. Ministère de la CultureGonzalès-Guérard Eva et Gonzalès-Guérard Jeanne