Article

Au Collège de France, le « Zollo body » éclaire la croissance de l’ovocyte

Des chercheurs parisiens ont identifié un compartiment cellulaire temporaire nécessaire à la croissance normale de l’ovocyte dans un modèle expérimental chez la souris.

Illustration - Ovocyte et Zollo body

Au Collège de France, dans le 5e arrondissement, une observation faite au microscope par la doctorante Noemi Zollo a conduit à la découverte d’une structure cellulaire jusqu’alors non décrite. Baptisée « Zollo body », elle est présentée dans une étude publiée le 28 août dans Science Advances par une équipe du Centre interdisciplinaire de recherche en biologie (CIRB).

Cette structure apparaît pendant une phase délicate de la vie de l’ovocyte. Avant la fécondation, cette cellule doit considérablement grossir et accumuler les réserves qui serviront aux premières étapes du développement embryonnaire. Dans le même temps, son activité de transcription, la production de nouveaux ARN à partir de l’ADN, diminue progressivement. L’ovocyte doit donc continuer à fabriquer beaucoup de protéines alors même que sa machinerie change de régime.

C’est précisément à ce moment qu’apparaît le Zollo body. Noemi Zollo avait d’abord remarqué une concentration inhabituelle d’ARN près du noyau de petits ovocytes de souris. En poursuivant l’observation, l’équipe a découvert au même endroit des mitochondries et plusieurs autres organites, réunis avec des protéines associées aux ARN. Ce compartiment transitoire présente aussi une forte activité de traduction, autrement dit de fabrication des protéines.

Le Zollo body ressemble par son organisation au corps de Balbiani, une structure connue depuis longtemps dans les jeunes ovocytes. Mais les deux n’ont pas la même fonction. Le corps de Balbiani intervient plus tôt et participe notamment au stockage de matériel maternel. Le Zollo body apparaît pendant la croissance et semble fonctionner comme un atelier temporaire où sont réunis plusieurs éléments nécessaires à la production de protéines.

Surtout, l’équipe ne s’est pas arrêtée à l’image au microscope. Dans des tissus ovariens de souris cultivés en laboratoire, les chercheurs ont provoqué pharmacologiquement la dissolution du Zollo body. La croissance du follicule et de l’ovocyte s’est alors arrêtée. L’expérience donne à la découverte sa portée : ce regroupement n’est pas seulement une forme cellulaire inhabituelle, il est nécessaire à une croissance normale de l’ovocyte dans ce modèle expérimental.

Une structure ressemblante a également été observée dans des ovocytes humains, selon le Collège de France. Sa fonction n’y a toutefois pas été démontrée. Ces travaux ne permettent donc pas de tirer de conclusion sur la fertilité humaine ni d’envisager, à ce stade, une application clinique.

Le travail relève de la biologie fondamentale, mais il montre aussi ce que permet la spécialisation du CIRB dans la mécanique et la morphogenèse de l’ovocyte : partir d’une anomalie visuelle minuscule, isoler un compartiment fugace, puis tester son rôle. Au Collège de France, l’équipe a ainsi identifié, isolé et éprouvé expérimentalement un nouvel élément du mécanisme de croissance de l’ovocyte.

Sources consultées
  1. Science AdvancesA transient RNP compartment boosts translation and growth of mammalian oocytes
  2. Collège de FranceDécouverte d’un super-organite, le Zollo body, qui permet à l’ovocyte de mammifère de grandir