
Au bloc opératoire de Necker, une checklist obligatoire était correctement verbalisée dans 4 interventions sur 44 observées. Après un programme consacré au travail d’équipe, elle l’était dans 32 sur 36. Une étude parisienne publiée le 6 août dans JAMA Otolaryngology mesure ainsi un écart saisissant entre l’existence d’une règle de sécurité et sa pratique collective.
L’équipe du service d’ORL pédiatrique a suivi 80 endoscopies laryngotrachéales réalisées sur 71 enfants. Ces examens des voies aériennes mobilisent chirurgiens, anesthésistes et infirmiers autour d’une procédure à risque. Entre les deux périodes d’observation, les soignants ont suivi un programme de « facteurs humains » associant une checklist adaptée à l’endoscopie, des calots indiquant le nom et la fonction de chacun et deux sessions de simulation inspirées du Crew Resource Management, méthode issue de l’aéronautique.
Rien de tout cela ne constitue une nouvelle technologie. La checklist chirurgicale fait partie de la certification hospitalière française depuis 2010, et les formations aux facteurs humains sont déjà utilisées en médecine. L’expérience de Necker porte plutôt sur l’écart entre leur existence et leur application. Après le programme, les échanges préopératoires entre chirurgien et anesthésiste sont passés de 70,5 % à 100 % des interventions observées, et les débriefings de 56,8 % à 91,7 %. Les chercheurs ont aussi constaté moins d’ouvertures de porte et d’appels téléphoniques pendant les phases critiques.
Le service d’ORL pédiatrique de Necker prend notamment en charge des pathologies complexes des voies aériennes. Dans une endoscopie laryngotrachéale, plusieurs professionnels doivent travailler ensemble autour des mêmes voies respiratoires, ce qui donne une importance particulière à la circulation de l’information, à l’identification des moments critiques et aux interruptions.
L’étude montre néanmoins un changement de comportement, pas un bénéfice médical démontré. Elle compare deux périodes dans un seul hôpital, sans groupe randomisé. Les épisodes de désaturation en oxygène et le recours à l’atropine, les deux indicateurs cliniques suivis, n’ont pas diminué de manière statistiquement significative. Comme plusieurs mesures ont été introduites ensemble, impossible également d’attribuer le résultat aux calots, à la checklist ou à la simulation pris séparément. Leur maintien dans le temps reste à mesurer.
À Necker, le programme a donc surtout réussi à modifier des gestes observables : davantage d’échanges, des rôles rendus visibles et moins de distractions pendant les phases critiques. Après ces 80 interventions, deux questions restent ouvertes : savoir si ces pratiques tiennent dans le temps, puis si elles améliorent aussi les résultats cliniques des enfants pris en charge.
Sources consultées
- JAMA Otolaryngology–Head & Neck SurgeryTeam Behavior and Patient Outcome Changes After Human Factors Program in a Pediatric Airway Setting
- AP-HPUne étude montre qu’une formation à la communication et au travail en équipe améliore la coordination au bloc opératoire pédiatrique
- AP-HP, Hôpital Necker-Enfants maladesService d’Oto-rhino-laryngologie et chirurgie cervicofaciale pédiatrique