Revolut Bank S.A. a obtenu le 10 août son agrément bancaire en France. L’annonce peut sembler curieuse : des millions de Français ont déjà un compte Revolut, un IBAN français et utilisent quotidiennement ses services bancaires.
Jusqu’ici, ils dépendent pourtant de Revolut Bank UAB, un établissement de crédit lituanien. Sa succursale française, installée avenue Kléber, permet à Revolut Bank UAB d’exercer en France et sert de point d’ancrage local à ses activités. Mais une succursale n’est pas une banque distincte : juridiquement, elle reste une partie de l’établissement lituanien.
C’est précisément ce que change l’agrément accordé à Revolut Bank S.A. L’Union européenne permet à une banque agréée dans un État membre d’exercer dans les autres, par une succursale ou directement, grâce au passeport européen. Revolut n’avait donc pas besoin d’une deuxième licence pour être présente en France.
Le passeport bancaire européen avait permis à Revolut de grandir en faisant largement disparaître les frontières nationales de son organisation. À mesure que le groupe change d’échelle, ces frontières reviennent pourtant dans son architecture : non plus comme barrières à l’entrée, mais comme points d’ancrage pour la supervision, les produits et les opérations.
Pour une banque française, la procédure passe par l’ACPR, qui instruit le dossier et transmet son projet de décision à la Banque centrale européenne. C’est la BCE qui accorde formellement l’agrément. Elle examine notamment le capital, les dirigeants, l’organisation et les dispositifs de contrôle. Revolut indique que sa nouvelle banque commencera progressivement à servir ses clients français, avant l’Allemagne, l’Irlande, l’Italie, le Portugal et l’Espagne. Sa banque lituanienne continuera à couvrir le reste de l’Espace économique européen.
Le changement porte donc sur l’établissement auquel les clients seront rattachés, pas simplement sur l’adresse affichée au client. Environ 30 millions de clients sont répartis sur les six marchés que Revolut rattache à son pôle d’Europe de l’Ouest. Pour eux, le groupe prépare le passage d’un modèle centré sur une seule banque lituanienne à une organisation européenne à deux banques.
Cette organisation doit aussi faciliter une offre plus locale. Revolut évoque depuis sa demande d’agrément le développement du crédit et de produits adaptés aux différents marchés, notamment l’épargne réglementée en France. La nouvelle banque fournit le cadre dans lequel Revolut veut développer ces offres, mais aucun calendrier détaillé n’est encore publié pour la migration des clients ni pour leur lancement.
Ce nouveau découpage a aussi une adresse parisienne. Le groupe avait déjà annoncé en 2025 plus d’un milliard d’euros d’investissement dans la région et le choix de la capitale pour son siège d’Europe de l’Ouest. Ce ne sont donc pas des annonces du 10 août. Depuis avril, l’adresse est connue : les équipes doivent s’installer début 2027 au 116 rue Réaumur, dans le 2e arrondissement, entre la Bourse et le Sentier.
La licence donne désormais une autre portée à cette implantation. Revolut ne vient pas seulement ouvrir un grand bureau parisien. À mesure que les migrations prévues avanceront, une banque constituée en France doit porter une partie des comptes de six grands marchés européens. Au 116 rue Réaumur, le futur siège parisien accompagnera ainsi le second pôle bancaire européen du groupe, aux côtés de la Lituanie.