
Au 79, rue La Fayette, deux cardiologues disent être assignés par la Ville de Paris pour avoir exercé dans un local dont le changement d’usage n’aurait jamais été régularisé. Selon la pétition lancée par la cardiopédiatre Sandra Clavier, le cabinet accueille des médecins depuis 1941, reçoit environ 5 000 patients par an et pourrait devoir quitter les lieux. L’audience est annoncée pour le 17 août.
Le paradoxe est immédiat : comment un cabinet médical installé depuis des décennies peut-il encore être considéré comme un logement ? Parce qu’à Paris, l’occupation réelle d’un local et son usage juridique sont deux choses différentes. Une succession de médecins, des plaques sur la façade ou même un acte de vente mentionnant une activité professionnelle ne suffisent pas nécessairement à établir qu’un logement a été légalement soustrait au parc résidentiel. La Ville invite les propriétaires à reconstituer cette histoire à partir des décisions administratives, actes notariés, permis et archives fiscales.
La règle protège le parc de logements. Pour transformer durablement un logement en cabinet, le propriétaire doit généralement obtenir une autorisation assortie d’une « compensation » : créer ailleurs une surface d’habitation équivalente. Dans les secteurs parisiens où le déséquilibre entre logements et activités est le plus marqué, dont le 9e arrondissement, cette compensation peut atteindre le double de la surface retirée au logement. Une transformation irrégulière expose à une amende civile pouvant atteindre 100 000 euros, ainsi qu’à un retour à l’habitation ordonné par le tribunal.
Un dossier correspondant aux mêmes caractéristiques avait déjà été débattu au conseil du 9e arrondissement en janvier 2025, sans que l’adresse ni les praticiens soient alors nommés. Les élus y décrivaient la transmission d’un cabinet de cardiologie pédiatrique de 75 m² situé au premier étage. Avec une compensation renforcée de 150 m² et une valeur de « commercialité » estimée entre 2 000 et 3 000 euros par mètre carré, le calcul avancé conduisait à un coût de 300 000 à 450 000 euros. À ce niveau, la règle ne corrige plus seulement une irrégularité : elle peut rendre la reprise du cabinet économiquement impossible.
Cette protection répond à une pression réelle sur le logement. Le 9e compte parmi les arrondissements où l’abondance des bureaux, des commerces et des emplois justifie un régime renforcé. Autoriser sans contrôle la conversion de logements en locaux professionnels aggraverait progressivement ce déséquilibre. Mais le règlement traite difficilement un cas particulier : non pas la création d’un nouveau cabinet dans un appartement, mais la transmission d’une activité médicale ancienne, avec sa patientèle, son équipement et son implantation près des transports.
Il existe bien une procédure simplifiée lorsqu’un professionnel réglementé remplace un confrère de la même profession. Elle suppose toutefois que le prédécesseur ait été « régulièrement installé ». Une omission ancienne peut donc ressurgir lors d’une vente, même si plusieurs générations de patients ont connu l’adresse comme cabinet médical. L’autorisation personnelle disparaît avec son titulaire, tandis qu’une autorisation durable attachée au local exige généralement une coûteuse compensation immobilière.
Le conseil du 9e avait demandé un régime plus favorable pour les médecins conventionnés en secteur 1 ou en secteur 2 avec l’Optam. La réforme adoptée par le Conseil de Paris en février 2025 n’a pas retenu cette évolution : une proposition visant les changements d’usage des professions médicales a été rejetée et celle consacrée à l’aide à leur installation a été retirée.
La règle poursuit un objectif cohérent, mais le dossier révèle une passerelle imparfaite pour certains cabinets médicaux historiques. La procédure du 79, rue La Fayette décidera d’abord du sort de deux praticiens et de leurs patients. Elle montrera aussi ce que peut encore produire, à cette adresse, un usage juridique resté celui d’un logement malgré des décennies de pratique médicale.
Sources consultées
- Ville de ParisComment exercer une activité dans un logement
- Ville de ParisRèglement municipal sur les changements d’usage, version consolidée du 3 mars 2025
- Mairie du 9e arrondissementProcès-verbal du conseil d’arrondissement du 27 janvier 2025
- Conseil de ParisCompte rendu sommaire des séances des 11, 12 et 13 février 2025
- Le ParisienIl rachète un cabinet médical mais oublie de déclarer qu’il est en fait un cabinet médical