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Robert-Debré : l’anticorps contre la bronchiolite associé à moins d’infections graves dues au pneumocoque

À Robert-Debré, une étude nationale associe le nirsevimab contre le VRS à moins d’infections graves dues au pneumocoque, sans établir encore de lien causal.

Illustration - Recherche pédiatrique à Robert-Debré

La première campagne française d’immunisation contre la bronchiolite a offert aux chercheurs de l’hôpital Robert-Debré une expérience inattendue à l’échelle du pays. Les nourrissons ayant reçu du nirsevimab contre le virus respiratoire syncytial, ou VRS, ont aussi été moins souvent hospitalisés pour une infection invasive à pneumocoque, une bactérie responsable notamment de septicémies et de méningites.

L’anticorps ne cible pourtant pas le pneumocoque. Administré au nourrisson, il bloque le VRS durant sa première saison de circulation. Le résultat intéresse donc les pédiatres pour une autre raison : il renforce l’hypothèse qu’une infection virale peut faciliter le passage d’une bactérie présente dans les voies respiratoires vers le sang ou les méninges.

L’équipe coordonnée par les docteurs Inès Fafi et Naïm Ouldali, du service de pédiatrie de Robert-Debré, a étudié 527 971 enfants nés en métropole entre février 2023 et janvier 2024. Parmi eux, 119 435 avaient reçu du nirsevimab.

Au cours des six mois de suivi, 112 infections invasives à pneumocoque ont été recensées. Le taux brut atteignait 14,2 hospitalisations pour 100 000 enfants immunisés, contre 23,3 pour 100 000 parmi les autres. Après correction statistique des différences entre les deux groupes, le nirsevimab était associé à une baisse de 36 % des chances d’hospitalisation. L’écart absolu reste faible, environ neuf hospitalisations pour 100 000 nourrissons, car ces infections sont heureusement rares.

L’intérêt du travail tient autant au résultat qu’à la manière de l’obtenir. À Robert-Debré, le centre d’investigation clinique, le service de pédiatrie infectieuse et le laboratoire de microbiologie ont travaillé avec un réseau national de chercheurs. La cohorte issue du Système national des données de santé a été rapprochée des informations du Centre national de référence des pneumocoques. Cette combinaison permet d’étudier un événement bactérien rare sur plusieurs centaines de milliers d’enfants, là où un seul hôpital manquerait rapidement de cas.

L’étude ne transforme pas le nirsevimab en médicament contre le pneumocoque. Elle est observationnelle : même après les ajustements, des différences non mesurées entre les deux groupes peuvent subsister. La vaccination antipneumococcique reste la protection directe, obligatoire chez le nourrisson à 2, 4 et 11 mois.

Le résultat devra maintenant être confirmé lors d’autres saisons et dans d’autres populations. Il apporte néanmoins un test à grande échelle d’une relation longtemps soupçonnée entre le VRS et les infections à pneumocoque. Dans le 19e arrondissement, Robert-Debré a ainsi transformé une campagne de prévention nationale en observatoire des interactions entre virus et bactéries.

Sources consultées
  1. The Lancet Infectious DiseasesEffectiveness of nirsevimab immunisation on invasive pneumococcal disease in children nationwide in France: an observational cohort study
  2. Hôpital universitaire Robert-Debré AP-HPUne étude ouvre une nouvelle voie pour prévenir les infections graves du nourrisson
  3. Haute Autorité de santéBEYFORTUS (nirsévimab) - Virus respiratoire syncytial
  4. Assurance MaladieLes vaccins obligatoires chez le nourrisson, puis recommandés selon l’âge