
À Barbès, la cocaïne se vend en unités de 10, 20 ou 30 euros. Le quartier reste le principal point de vente physique observé dans Paris intra-muros, mais il n’est plus nécessaire de rejoindre un marché de rue pour acheter. Messageries, réseaux sociaux, livraison à domicile et rendez-vous rapides font désormais partie du paysage ordinaire décrit par le rapport TREND 2025.
Cette souplesse change la tâche des pouvoirs publics. La réponse parisienne s’est longtemps organisée autour de lieux identifiables : disperser une scène, surveiller un point de vente, envoyer une maraude dans un secteur connu. Or, depuis le démantèlement de Forceval en 2022, aucun point fixe pérenne de vente de crack n’a été observé. Les vendeurs alternent passages rapides et déplacements entre la Forêt linéaire, Stalingrad et les portes de Pantin ou de la Villette. Aux Halles, des usagers trouvent refuge dans les tunnels sous le centre commercial.
Faire disparaître un rassemblement peut soulager une rue sans faire disparaître le marché. En 2025, la fermeture d’une partie de la Forêt linéaire a ainsi dispersé les personnes présentes le long du chemin forestier, du quai du Lot et jusque sur un talus du périphérique. La vente et la consommation deviennent moins concentrées, tandis que les équipes sanitaires doivent retrouver des groupes plus petits et plus mobiles.
À la Halte soins addictions, près de Barbès, la cocaïne injectée représentait, selon Gaïa Paris, 45 % des passages en 2025, contre 3 % en 2023. Le rapport décrit des injections répétées et une hausse des épisodes paranoïdes, des crises d’épilepsie et des infections cardiaques. Les équipes doivent désormais prendre en charge la progression d’un produit abondant, fortement dosé et vendu en petites quantités.
Paris a renforcé plusieurs maillons du dispositif. Le Plan crack coordonne la Ville, l’État et les acteurs sanitaires et associatifs. En mai 2026, ses partenaires annonçaient dix équipes de maraude quotidiennes, des horaires étendus dans les centres d’accueil et environ 700 places d’hébergement Assore déployées chaque nuit. Un second dispositif hospitalier d’observation et d’orientation était annoncé à la Pitié-Salpêtrière pour le 1er juin, à destination des usagers de crack souffrant également d’autres troubles. Ce renforcement prolonge les mesures décrites dans notre précédent article sur la mobilisation parisienne contre le crack.
L’hébergement et les soins restent pourtant le maillon faible après la première rencontre. En 2025, Assore peinait déjà à absorber les demandes malgré plus de 600 places, le 115 répondait mal aux besoins des consommateurs actifs et les professionnels décrivaient des soins addictologiques et psychiatriques saturés. Une maraude peut établir un contact et distribuer du matériel. Sans hébergement adapté ni suivi disponible, elle ramène difficilement une personne de la Forêt linéaire vers une prise en charge durable.
Le marché parisien s’adapte vite, par le déplacement, les petites doses et le téléphone. Les pouvoirs publics tentent donc de mieux relier rue, hébergement et hôpital, mais l’efficacité de cette réponse dépend moins du nombre de scènes dispersées que de la continuité du parcours. À la Forêt linéaire comme dans les tunnels des Halles, le passage décisif commence après la maraude : trouver une place, puis des soins qui ne s’arrêtent pas au lendemain.
Sources consultées
- Observatoire français des drogues et des tendances addictives et Oppelia CharonneSubstances psychoactives, usagers et marchés. Tendances récentes à Paris et en Île-de-France en 2025
- Agence régionale de santé Île-de-FranceL’État et la Ville de Paris renforcent leur mobilisation dans la lutte contre la consommation de crack