Article

Canicule : le pic de mortalité ramène Paris aux logements

Du 22 au 28 juin, l’Île-de-France a compté 1 565 décès de plus qu’attendu. À Paris, ce pic éclaire les limites d’un plan qui ne peut pas refroidir les logements.

Illustration - Appartement parisien sous la canicule

Du 22 au 28 juin, 2 850 décès toutes causes ont été enregistrés en Île-de-France. C’est 1 565 de plus que le nombre statistiquement attendu, soit un excès de 122 %. La semaine suivante, la surmortalité a nettement reculé, mais représentait encore 224 décès supplémentaires. Plus de huit décès sur dix concernaient des personnes de plus de 65 ans.

Ces données restent provisoires. Elles ne permettent pas d’attribuer 1 565 décès à la chaleur, ni d’isoler la situation de Paris parmi les huit départements franciliens. Le pic survient néanmoins pendant la phase la plus intense de la canicule de juin. Dans la capitale, Météo-France a relevé dix nuits consécutives pendant lesquelles la température n’est pas descendue sous les 20 °C.

Paris avait alors activé son plan canicule de niveau 4. Toutes les personnes inscrites au fichier REFLEX devaient être appelées. Une salle rafraîchie avait ouvert dans chaque mairie d’arrondissement, des parcs restaient accessibles la nuit et la Ville recensait près de 1 400 îlots de fraîcheur, parmi lesquels des jardins, bibliothèques, musées, fontaines et équipements municipaux.

Ce dispositif sait organiser rapidement du répit dans l’espace public et contacter les personnes déjà repérées. Il ne peut toutefois pas refroidir les domiciles. REFLEX s’adresse aux personnes de 60 ans et plus et aux personnes en situation de handicap, mais repose sur une démarche d’inscription. Une personne non inscrite ne reçoit pas automatiquement ces appels. Les personnes concernées, ou leurs proches avec leur accord, peuvent encore s’inscrire au fichier REFLEX.

Encore faut-il pouvoir quitter son domicile et rejoindre un lieu frais. La Ville reconnaît elle-même que certaines personnes handicapées rencontrent des difficultés de déplacement et que les habitants de logements mal isolés sont surexposés. L’Apur a également relevé la vulnérabilité estivale des appartements sous toiture, sans protection solaire ou ouverts d’un seul côté. Dix nuits chaudes d’affilée transforment ces défauts en piège, car le logement n’évacue plus la nuit la chaleur accumulée le jour. C’était déjà le sujet de notre enquête sur les logements parisiens sous les toits.

Le chiffre régional ne permet donc pas de juger l’efficacité du plan parisien. La fréquentation des salles rafraîchies, le nombre de personnes effectivement aidées par REFLEX et la mortalité propre à Paris ne sont pas encore connus. Il révèle néanmoins la limite d’une réponse d’urgence : ouvrir un musée, un jardin ou une mairie offre une échappée utile, mais ne remplace ni l’adaptation des logements ni un repérage plus large des personnes isolées.

À Paris, le plan canicule se joue aussi entre l’appartement surchauffé du cinquième étage et le premier lieu frais réellement accessible.

Sources consultées
  1. Santé publique FranceSurveillance sanitaire en Île-de-France. Bulletin du 16 juillet 2026
  2. Météo-FranceBilan climatique de juin 2026 : le mois de juin le plus chaud jamais enregistré avec une canicule historique
  3. Ville de ParisVigilance rouge « canicule extrême » : point de situation au 24 juin et dispositifs mobilisés par la Ville de Paris
  4. Ville de ParisCanicule, crise sanitaire, événements climatiques… prenez les devants avec « Reflex »
  5. Atelier parisien d’urbanismeConfort estival dans les logements de la Métropole du Grand Paris