
Dimanche 12 juillet à 12h30, la Ville de Paris inaugurera le nouvel emplacement de la statue Hommage au capitaine Dreyfus, à l’intersection de la place Dauphine et de la rue de Harlay. L’œuvre se tient désormais devant la Cour de cassation, sur l’île de la Cité, devant l’institution qui reconnut définitivement l’innocence d’Alfred Dreyfus le 12 juillet 1906.
Le bronze de Tim, nom d’artiste de Louis Mitelberg, n’a rien d’une figure apaisée. Haut de près de quatre mètres, Dreyfus y apparaît debout, le sabre brisé entre les mains. Le geste renvoie à la dégradation publique du 5 janvier 1895 dans la cour de l’École militaire, lorsque l’officier, condamné à tort pour trahison, fut livré à l’infamie avant la déportation. Sur le socle, une phrase adressée à son épouse Lucie garde la voix de l’homme derrière l’affaire : « Si tu veux que je vive, fais-moi rendre mon honneur. »
La force du déplacement tient à l’histoire même de cette statue. Commandée par l’État en 1985, réalisée entre 1985 et 1988, elle devait initialement prendre place à l’École militaire, là où Dreyfus avait été humilié. Le projet s’est heurté à de fortes réticences, notamment militaires. Un autre emplacement près du Palais de Justice a aussi été refusé, selon Michel Dreyfus, arrière-petit-fils du capitaine, interrogé par la Ville de Paris. L’œuvre a finalement été installée aux Tuileries en 1988, puis transférée en 1994 place Pierre-Lafue, dans le 6e arrondissement, près du boulevard Raspail.
Elle y était visible, mais à distance de son histoire. C’est tout le sens du retour rue de Harlay. La statue ne rejoint pas la cour de la dégradation, où son installation n’a jamais été acceptée. Elle arrive devant la Cour qui annula le jugement et réhabilita Dreyfus, après douze ans de combat judiciaire, politique et familial. Dans la géographie parisienne de l’Affaire, ce n’est pas un détail : le monument quitte un hommage tenu à l’écart de ses lieux les plus chargés pour rejoindre la façade judiciaire qui lui donne sa pleine portée.
Le calendrier renforce ce mouvement. La loi du 17 novembre 2025 a élevé Alfred Dreyfus, à titre posthume, au grade de général de brigade. Un décret du 7 juillet 2026 institue une journée nationale de commémoration de la reconnaissance de son innocence, fixée chaque année au 12 juillet. À Paris, cette réparation prend une forme matérielle : une statue, une rue, une façade de justice, des passants.
Michel Dreyfus rappelle que son aïeul ne fut pas seulement une victime. Il fut aussi un homme qui tint par les preuves, les lettres, la volonté de faire reconnaître les faits. C’est cette présence que Paris installe désormais au bord de la place Dauphine : un officier au sabre brisé, moins éloigné de son histoire, devant le palais où son honneur fut rendu.
Sources consultées
- Ville de ParisLa statue d’Alfred Dreyfus inaugurée le 12 juillet : connaissez-vous son histoire ?
- Ville de ParisRencontre avec Michel Dreyfus, descendant du capitaine Dreyfus
- Paris PresseCérémonie Journée de commémoration nationale de reconnaissance de l’innocence d’Alfred Dreyfus
- LégifranceDécret n° 2026-598 du 7 juillet 2026 instituant une journée de commémoration nationale de la reconnaissance de l’innocence d’Alfred Dreyfus
- Musée d’Orsay, À nos grands hommesMonument au capitaine Dreyfus