L’actualité publiée le 6 juillet par Sorbonne Université met des chiffres sur une sensation que beaucoup de Parisiens connaissent déjà: pendant une canicule, le logement peut devenir plus chaud que la rue. Selon Basile Chaix, socio-épidémiologiste à l’Institut Pierre-Louis d’Épidémiologie et de Santé Publique, la température maximale à l’intérieur peut dépasser de 5 à 10 °C celle observée dehors au pic d’une vague de chaleur, selon les bâtiments.
À Paris, cela déplace le regard. Après la lecture de la canicule par le 15 et les urgences de l’AP-HP, le risque commence avant l’appel médical: dans la chambre sous les combles, le studio du dernier étage, l’appartement sans volets ou la cour minérale qui ne rend pas la nuit respirable.
La capitale part avec un parc difficile à transformer vite. D’après l’Insee, 97 % des logements parisiens sont des appartements. Parmi les résidences principales construites avant 2020, près de 49 % datent d’avant 1946. Ce bâti ancien n’est pas forcément mauvais l’été: épaisseur des murs, hauteur sous plafond et ventilation peuvent aider. Mais un toit mal isolé, une façade exposée à l’ouest, une fenêtre sans protection extérieure ou une mauvaise circulation d’air suffisent à faire basculer un logement.
La Ville sait déjà organiser la réponse dehors. Elle annonce près de 1 400 lieux frais, des salles rafraîchies dans des mairies, des bibliothèques, des musées, des cours d’école ouvertes, des parcs accessibles plus tard et le dispositif REFLEX pour les personnes de 60 ans et plus ou en situation de handicap vivant seules. Les personnes concernées peuvent aussi s’inscrire au registre des personnes fragiles isolées. Ce dispositif est utile, mais il dit aussi sa limite: lorsque l’habitat ne protège plus, la Ville propose de sortir, d’être appelé, d’être accompagné, parfois d’être transporté vers un lieu plus frais.
Le Plan Climat 2024-2030 tente de traiter le problème dans les murs. Il prévoit un programme « 1000 toits anti-surchauffe » pour aider les occupants des derniers étages à isoler, 40 000 m² de toits peints en blanc sur des bâtiments publics, la rénovation énergétique de toutes les résidences seniors de la Ville d’ici 2027 et un objectif de 40 000 logements privés rénovés par an à partir de 2030. Éco-rénovons Paris+ sert d’outil d’accompagnement pour les copropriétés, qui concentrent 75 % des logements parisiens.
Mais un toit privé ne se rafraîchit pas comme une place publique. Dans la rue, la Ville peut planter, ombrager, ouvrir une salle ou installer une fontaine. Dans un immeuble, il faut convaincre une assemblée générale, financer des travaux, arbitrer entre façades, combles, ventilation, protections solaires, patrimoine et charges. Ceux qui cuisent sous le zinc ne sont pas toujours ceux qui votent le plus facilement la dépense, surtout quand les étages inférieurs souffrent moins.
La climatisation individuelle va donc gagner du terrain, parfois à juste titre pour des personnes vulnérables. Elle répond vite, mais elle déplace une partie du problème vers les factures, les façades, le bruit, les rejets de chaleur et les pointes électriques. La solution la plus solide est moins spectaculaire: isoler les toitures, poser des protections solaires, rendre les cours moins minérales, permettre une vraie ventilation nocturne et traiter les derniers étages comme des logements à traiter en priorité.
Paris a appris à ouvrir des refuges contre la chaleur. Le chantier plus lent commence derrière les portes d’immeubles, là où une décision de copropriété peut faire plusieurs degrés sous un toit.
Sources consultées
- Sorbonne UniversitéCanicules: quand le logement devient un risque pour la santé
- Ville de ParisCanicule: définition, précautions, impacts sur la santé, actions engagées
- InseeLogement en 2022, Commune de Paris (75056)
- Ville de Paris« Plus vite, plus local, plus juste »: le nouveau Plan Climat de Paris
- Paris DataRénovation des logements