À la Pitié-Salpêtrière, une partie de la chirurgie des lésions précancéreuses du col de l’utérus quitte le bloc opératoire. Le service de chirurgie gynécologique y a développé des conisations réalisées hors bloc, en consultation, sous anesthésie locale, avec un financement de l’ARS.
Le mot est technique, mais le geste est fréquent dans le parcours du cancer du col. Une conisation consiste à retirer un fragment du col de l’utérus, en forme de cône, pour enlever une zone suspecte et l’analyser. Elle intervient après le dépistage, la colposcopie et les biopsies, lorsque des lésions de haut grade ou une forte suspicion le justifient. C’est une chirurgie courte, souvent ambulatoire, mais elle garde un point sensible: il faut retirer assez pour traiter correctement, sans enlever plus de tissu cervical que nécessaire.
La nouveauté locale n’est pas la conisation elle-même. Elle tient au déplacement du geste vers une consultation équipée, sous anesthésie locale, pour les situations qui s’y prêtent. L’Institut universitaire de cancérologie AP-HP Sorbonne Université présente cette approche comme une spécificité de la Pitié-Salpêtrière, destinée à améliorer la conservation du col et à limiter les complications, notamment pour les grossesses futures.
Changer le lieu du geste change aussi le parcours. Le cancer du col de l’utérus reste un cancer largement évitable, grâce à la vaccination et au dépistage, mais il touche encore près de 3 000 femmes par an en France et provoque environ 1 100 décès. À Paris, La Clé Publique a déjà raconté le premier maillon de cette chaîne avec Juin Vert et le dépistage trop souvent repoussé. La Pitié se situe sur le maillon suivant: que faire, précisément, quand une anomalie a été trouvée?
L’intérêt de l’approche tient à des effets de parcours: éviter une anesthésie plus lourde quand elle n’est pas nécessaire, réduire la mobilisation d’un plateau opératoire et permettre une exérèse plus économe lorsque l’indication est bien posée. Cela suppose aussi une expertise forte en amont: bien voir la lésion, bien choisir la patiente, bien calibrer le geste.
Le site parisien dispose pour cela d’un appui spécialisé. Le service de chirurgie et cancérologie gynécologique et mammaire de la Pitié-Salpêtrière indique disposer d’une plateforme de prise en charge des lésions cervicales, vaginales et vulvaires, avec des consultations quotidiennes de colposcopie par des praticiens engagés dans la charte de qualité de la Société française de colposcopie. L’IUC AP-HP Sorbonne Université mentionne aussi des patientes adressées pour lésions HPV récidivantes lors de staffs régionaux, ainsi qu’un travail de formation et de recherche autour de la colposcopie, dont un axe sur l’intelligence artificielle.
Les sources institutionnelles disponibles ne donnent pas de volume annuel de patientes traitées par cette organisation ni de comparaison chiffrée avec le bloc opératoire. Le bon niveau de lecture reste donc celui d’une innovation hospitalière de parcours: une façon plus fine d’utiliser un geste connu, dans un service parisien où la prévention du cancer du col passe par la loupe de colposcopie avant de passer, quand il le faut, par le bloc.
Sources consultées
- Institut universitaire de cancérologie AP-HP Sorbonne UniversitéJuin Vert : agir contre le cancer du col de l’utérus à l’IUC AP-HP SU
- AP-HPService de Chirurgie et Cancérologie Gynécologique et Mammaire, Hôpital Pitié-Salpêtrière
- Santé publique FranceProgramme de dépistage du cancer du col de l’utérus
- Société Française de Colposcopie et de Pathologie Cervico-VaginaleLa SFCPCV