Le Pr Hugues de Thé, médecin à l’hôpital Saint-Louis AP-HP et professeur au Collège de France, partage le prix Shaw 2026 de sciences de la vie et médecine avec Anne Dejean et Zhu Chen. La distinction, annoncée le 27 mai, récompense des travaux qui ont changé le destin d’une leucémie rare: la leucémie aiguë promyélocytaire.
Cette maladie du sang avance vite. Elle peut provoquer des troubles graves de la coagulation et impose une prise en charge hospitalière rapide. Son moteur le plus fréquent tient à une anomalie précise: la fusion des gènes PML et RARA. Elle fabrique une protéine anormale, PML/RARA, qui bloque la maturation de certaines cellules sanguines. Les cellules restent coincées dans un état immature, prolifèrent, et la maladie s’installe.
La percée récompensée par le prix Shaw tient à ce passage du diagnostic moléculaire au traitement. L’acide rétinoïque et le trioxyde d’arsenic n’agissent pas comme une chimiothérapie classique qui frappe largement les cellules en division. Ils s’attaquent à la faiblesse propre de cette leucémie. L’un cible la partie RARA, l’autre la partie PML. Ensemble, ils conduisent à la dégradation de la protéine de fusion qui entretenait la maladie.
Le résultat n’est pas une promesse encore lointaine. Des sources scientifiques et médicales décrivent désormais la leucémie aiguë promyélocytaire comme l’un des exemples les plus aboutis de traitement ciblé en cancérologie, avec des taux de guérison qui dépassent 90 % dans de nombreux cadres cliniques. Le traitement reste exigeant: il dépend du niveau de risque du patient, demande une surveillance serrée et peut entraîner des complications comme le syndrome de différenciation. Mais le changement de perspective est considérable pour une maladie autrefois redoutée pour sa brutalité.
C’est ce qui donne à cette récompense une portée locale. Saint-Louis n’est pas seulement l’adresse professionnelle d’un lauréat. L’hôpital parisien est l’un des grands lieux français de l’hématologie, entre soin, biologie et essais cliniques. Hugues de Thé dirige depuis 2023 l’Institut de la leucémie Paris Saint-Louis, fondé par l’AP-HP, l’Inserm, le Collège de France et Université Paris Cité. L’Institut revendique notamment 19 équipes de recherche et travaille à rapprocher les laboratoires des services qui prennent en charge les patients.
Le prix Shaw ne lance donc pas un nouveau traitement cette semaine. Il reconnaît un travail déjà entré dans la pratique médicale: identifier la faille moléculaire d’un cancer, puis construire un traitement capable de l’exploiter. À Saint-Louis, cette logique reste au centre du travail: faire circuler plus vite les découvertes entre chercheurs, médecins et malades atteints de leucémies.
Sources consultées
- AP-HPLe professeur Hugues de Thé distingué par le prestigieux prix Shaw 2026
- Shaw PrizeAnnouncement of The Shaw Laureates 2026
- Académie des sciencesAnne Dejean, Hugues de Thé et Zhu Chen reçoivent The Shaw Prize
- Institut de la Leucémie Paris Saint-LouisInstitut de la Leucémie
- Nature Reviews CancerAcute promyelocytic leukaemia: novel insights into the mechanisms of cure