À l’hôpital Necker-Enfants malades AP-HP, RecycloBibe part d’un problème presque absurde : des biberons et dispositifs de recueil de lait en plastique peuvent être recyclés, mais ils prennent trop de place avant d’arriver jusqu’à la filière.
Chaque année, le lactarium et la biberonnerie de Necker utilisent plus de 250 000 biberons et accessoires en plastique. Une fois vidés et triés, ces contenants représentent près de quatre tonnes de matière par an. Le problème commence avant le recyclage lui-même. Ces objets sont creux. Stockés tels quels, ils remplissent vite des palettes avec peu de plastique et beaucoup d’air.
La réponse de RecycloBibe est de réduire ce volume avant le transport. Selon l’AP-HP, la filière déjà mise en place permet d’éviter l’incinération de ces déchets et d’économiser l’équivalent de six tonnes de CO₂ par an. Mais elle se heurtait à une contrainte de terrain : l’expédition en camion devenait rentable à partir de 22 palettes, alors que la zone de stockage de l’hôpital plafonne à 15. Dans un hôpital parisien, ce genre de limite n’est pas secondaire. Le manque de place peut suffire à fragiliser une bonne filière.
RecycloBibe ajoute donc une étape simple, mais décisive : broyer le plastique sur place. Soutenu à hauteur de 26 900 € par la Fondation de l’AP-HP, le projet prévoit l’acquisition de deux broyeurs industriels. Les biberons, seringues et dispositifs de recueil en plastique rigide ou semi-rigide doivent être réduits en broyat directement à la source. Le poids de plastique par palette passerait alors d’environ 90 kg à 500 kg, avec un nombre de transports en camion divisé par au moins trois.
Le dispositif n’a pas encore atteint son rythme définitif. L’installation des broyeurs nécessite des aménagements électriques en triphasé. Les équipes ont toutefois déjà engagé la filière : entre août 2025 et février 2026, plus de 1 325 kg de plastique ont été triés et expédiés. Une machine prêtée temporairement a aussi permis de broyer 45 kg de bouchons, dont une partie a été transformée par le partenaire SAMJI en petits pots de fleurs distribués à des donneuses de lait maternel.
Le lieu compte. Le lactarium régional d’Île-de-France, installé à Necker, collecte en moyenne 12 000 litres de lait par an et en distribue 9 000 aux établissements franciliens. Il fournit aussi le matériel nécessaire au recueil : biberons, étiquettes, pastilles de décontamination. Dans cette chaîne très précise, le plastique n’est pas un déchet quelconque. C’est la trace répétée d’un geste de soin, du don de lait à l’alimentation de nouveau-nés vulnérables.
L’ADEME a identifié la logistique, le foncier de stockage, le modèle économique et l’identification des plastiques comme des freins fréquents au recyclage des plastiques de santé. RecycloBibe n’invente pas une nouvelle matière. Il rend plus compacte et plus transportable une filière déjà amorcée. À Necker, l’innovation tient dans cette compétence discrète : faire tenir l’économie circulaire dans les contraintes réelles d’un hôpital.
Sources consultées
- AP-HPRecycloBibe : l’économie circulaire s’installe à l’hôpital Necker – Enfants malades AP-HP
- Fondation de l’AP-HPRecycloBibe : l’économie circulaire s’installe à l’hôpital Necker-Enfants malades
- AP-HPLe lactarium d’Île-de-France à l’hôpital Necker - Enfants malades
- ADEME InfosRecyclage des déchets plastiques médicaux : un défi écologique pour le secteur