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À l’AP-HP, l’interprète fait partie du soin

L’AP-HP consulte pour un marché d’interprétariat à distance pouvant atteindre 3 millions d’euros hors taxes sur quatre ans.

Interprète à distance à l’hôpital

L’AP-HP remet en concurrence ses prestations d’interprétariat à distance pour ses hôpitaux, ses pôles communs et son siège. Les entreprises peuvent répondre à la consultation ouverte sur PLACE jusqu’au 21 juillet 2026 à midi.

Le contrat prévu est un accord-cadre de quatre ans, à bons de commande, avec un plafond de 3 millions d’euros hors taxes. Les volumes annoncés donnent une mesure utile : 6 833 demandes par an, soit 22 000 quarts d’heure d’interprétariat prévus. Rapporté aux 38 hôpitaux de l’AP-HP et à plus de 8 millions de patients accueillis chaque année, ce n’est pas un service massif. C’est un service d’appoint critique, rare à l’échelle de la machine hospitalière, décisif au moment précis où il faut comprendre.

Dans une consultation, aux urgences, en maternité ou avant un geste médical, la langue n’est pas un confort d’accueil. Elle touche au diagnostic, à l’explication d’un traitement, au consentement, au secret médical. Le Code de la santé publique définit d’ailleurs l’interprétariat linguistique en santé comme une interface entre les personnes qui maîtrisent mal le français et les professionnels intervenant dans leur parcours de santé. La Haute Autorité de santé insiste aussi sur un point souvent oublié : faire traduire par un proche, un voisin ou un enfant expose à des erreurs, à une perte de confidentialité et à une charge injuste pour l’entourage.

Le montage choisi par l’AP-HP dit beaucoup de la contrainte. Le marché sera confié à plusieurs titulaires, jusqu’à trois, avec un ordre de priorité. Si le premier prestataire ne peut pas répondre dans les délais ou avec les interprètes disponibles, la demande passe au suivant. Autrement dit, l’hôpital ne cherche pas seulement des interprètes. Il achète une capacité à répondre vite, sur des besoins dispersés dans tout le réseau francilien.

Cette exigence se retrouve dans l’analyse des offres. Le prix compte pour 45 %, mais la qualité technique pour 50 %. Dans cette qualité, les délais moyens d’intervention et les moyens humains proposés comptent chacun pour 30 %. Les candidats devront aussi fournir les CV des interprètes présentés. Une note inférieure à 12 sur 20 sur la qualité technique éliminera l’offre. Une interprétation utile est une interprétation disponible au bon moment, pas seulement une ligne moins chère.

L’AP-HP ne part pas d’une page blanche. À l’hôpital Tenon, par exemple, des permanences d’interprétariat existent déjà à la maternité en chinois, turc et tamoul, et l’interprétariat par téléphone est aussi mentionné pour les usagers. Le nouveau marché donne à cette fonction une organisation plus large, destinée aux hôpitaux du groupe, aux services communs et aux directions concernées.

Une limite reste importante : les pièces consultées ne permettent pas d’établir la liste précise des langues couvertes par ce marché. C’est pourtant là que se jugera une partie de son efficacité réelle.

À Paris, l’hôpital public se voit souvent à travers ses urgences, ses blocs, ses services saturés ou ses grands bâtiments. Il tient aussi dans cette chaîne plus discrète : un soignant appelle, un interprète répond, et la phrase médicale cesse d’être un mur entre le patient et le soin.

Sources consultées
  1. AP-HP / PLACEDétail de la consultation n°26-090
  2. AP-HP / PLACE, via miroir Better Place du DCERèglement de consultation n°26-090, prestations d’interprétariat à distance
  3. AP-HPL’AP-HP en bref
  4. Haute Autorité de santéInterprétariat linguistique dans le domaine de la santé
  5. Hôpital Tenon AP-HPLes interprètes