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Quand la berge est un mur, Paris tente la biodiversité flottante

Paris lance un marché de 89 900 euros HT maximum pour installer et entretenir des radeaux végétalisés et des modules sur ses quais verticaux.

Radeau végétalisé sur un canal

Paris a de l’eau, mais beaucoup de ses berges sont des murs. La Ville vient de lancer un marché pour trouver un prestataire chargé d’installer et d’entretenir des radeaux végétalisés flottants et des modules linéaires accrochés aux quais verticaux de ses canaux.

Le marché, publié le 8 juin, est divisé en deux lots et court sur 36 mois à partir de sa notification. Les offres sont attendues jusqu’au 13 juillet 2026 à midi. Le plafond reste modeste : 55 000 euros HT pour les radeaux flottants, 34 900 euros HT pour les modules de quais, soit 89 900 euros HT au maximum sur trois ans.

L’objet est petit, mais il touche à une contrainte très concrète de la ville dense. Sur une berge naturelle, la transition entre l’eau, la vase, les plantes et la rive crée des abris, des zones de ponte, des supports de nourriture. Sur un quai vertical, cette épaisseur disparaît. L’eau rencontre la pierre ou le béton. Pour tenir la berge, organiser le canal et permettre ses usages, c’est efficace. Pour la petite vie aquatique, c’est pauvre.

Les canaux parisiens ne sont pas seulement des paysages agréables du nord-est de Paris. Le service municipal des canaux gère environ 130 kilomètres de voies d’eau à travers 43 communes, dans cinq départements et deux régions. Ce réseau sert à l’amenée d’eau non potable vers Paris, à la navigation, aux loisirs et aux aménagements urbains qui longent ces voies d’eau. C’est une infrastructure publique, avec ses niveaux d’eau, ses ouvrages, ses usages et ses contraintes.

Les radeaux et modules végétalisés répondent à cette contrainte par petites touches. Ils ne refont pas une berge naturelle. Ils ajoutent des supports vivants là où la berge ne peut pas simplement redevenir souple. Le Cerema rappelle que les rivières canalisées ou artificielles ont souvent perdu une partie de leurs habitats, avec des effets sur la faune et la flore. À Paris, la question devient donc très pratique : comment redonner un peu d’épaisseur écologique à un linéaire construit pour tenir, guider et contrôler l’eau ?

La Ville a déjà testé ce type d’installation sur le canal Saint-Martin, avec un radeau d’environ 40 m², près de 620 plantes d’Île-de-France et des modules Biohut suspendus sous la structure. L’expérience montrait déjà la logique du dispositif : végétaliser en surface, offrir des refuges sous l’eau, et travailler à une échelle compatible avec un canal fréquenté, visible, entretenu.

Le nouveau marché s’inscrit aussi dans le Plan Biodiversité 2025-2030. Paris y prévoit de multiplier jardins flottants, radeaux végétalisés et frayères dans la Seine, de végétaliser les quais quand cela reste possible et de renforcer la trame bleue parisienne. Cette reconquête de l’eau ne concerne pas seulement les promeneurs. Elle concerne aussi les poissons, les oiseaux, les insectes, et les services qui devront maintenir ces installations dans le temps.

Les lieux précis d’installation ne figurent pas dans les éléments consultés. C’est la limite utile à connaître : un radeau n’a pas le même intérêt selon qu’il est placé dans un secteur très minéral, dans un corridor déjà vivant ou dans un endroit surtout décoratif. La commande publique achète donc moins un geste spectaculaire qu’un outil d’ajustement : des supports de rive vivante, posés au ras de l’eau, contre des quais qui n’ont pas été construits pour laisser pousser grand-chose.

Sources consultées
  1. BOAMP / France MarchésFourniture, livraison, installation et entretien de radeaux végétalisés et de modules de végétalisation linéaires pour quais verticaux avec habitats aquatiques pour les canaux parisiens en deux lots
  2. Maximilien, portail des marchés publics franciliensDétail de la consultation, référence 2600752
  3. Ville de ParisService des canaux
  4. Ville de ParisLe premier radeau végétalisé du canal Saint-Martin
  5. CeremaBiodiversité et canaux. Note relative à la prise en compte de la biodiversité dans les rivières canalisées