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À Paris, des astronomes ont vu tourner un berceau de planètes

Une équipe liée à l’Observatoire de Paris-PSL a suivi le mouvement du disque qui entoure AB Aurigae. Une avancée d’observation, pas une planète confirmée.

Disque protoplanétaire en rotation

Une équipe internationale dirigée par Anthony Boccaletti, chercheur CNRS à l’Observatoire de Paris-PSL, annonce avoir observé directement la rotation du disque protoplanétaire qui entoure AB Aurigae, une jeune étoile située à 520 années-lumière. Ce disque de gaz et de poussières est un lieu possible de formation planétaire. Cette fois, il n’a pas seulement été photographié : son mouvement a été suivi.

En astronomie, les images de disques protoplanétaires sont souvent spectaculaires, mais elles restent des instantanés. Elles montrent des spirales, des vides, des zones brillantes, parfois interprétés comme les traces de planètes en formation. Le résultat annoncé le 1er juin 2026 ajoute une information plus rare : la dynamique du disque. L’équipe a exploité trois observations réalisées avec SPHERE, un instrument installé sur le Very Large Telescope de l’Observatoire européen austral au Chili, sur un intervalle de 3,85 ans.

SPHERE est conçu pour observer des environnements très proches d’étoiles brillantes, là où les planètes jeunes et les disques sont habituellement noyés dans l’éclat central. Dans le cas d’AB Aurigae, les chercheurs ont travaillé sur des images polarisées dans le proche infrarouge, produites par la lumière que les grains de poussière renvoient. Le télescope est au Chili, mais l’analyse s’appuie aussi sur le LIRA, laboratoire d’instrumentation et de recherche en astrophysique de l’Observatoire de Paris-PSL, qui possède un site avenue Denfert-Rochereau, dans le 14e arrondissement.

Le disque tourne globalement comme la gravitation le prévoit. Mais l’étude relève une différence nette dans les régions internes. En dessous d’environ 60 unités astronomiques, le mouvement s’écarte du comportement képlérien attendu. À environ 25 unités astronomiques, les auteurs mesurent une déviation pouvant atteindre 12 degrés sur 3,85 ans, signe d’une rotation plus lente que prévu.

Cette anomalie est le cœur scientifique de l’affaire. Elle peut indiquer que le disque n’est pas seulement une structure régulière autour d’une jeune étoile, mais un milieu travaillé de l’intérieur : spirales, ombres rapides, zones d’accrétion, interactions possibles avec des objets en formation. Les chercheurs identifient notamment une structure brillante compatible avec une zone où gaz et poussières tombent sur un objet en train de grandir. Ce type de phénomène est attendu dans la naissance de planètes géantes.

La prudence reste nécessaire. L’étude ne confirme pas une nouvelle planète. La mesure en H-alpha près du candidat AB Aur b reste compatible avec une non-détection, et les ombres observées peuvent venir de protoplanètes comme d’amas opaques proches de l’étoile. Ce que l’équipe met sur la table est déjà considérable : non pas l’image définitive d’un monde naissant, mais une mesure du mouvement dans son environnement de naissance.

Pour Paris, l’histoire vaut moins par le prestige abstrait d’un grand nom scientifique que par la nature du travail accompli. L’Observatoire de Paris-PSL ne regarde pas seulement loin. Il contribue à transformer des images espacées dans le temps en mécanique observable. Depuis un laboratoire parisien, une équipe aide à passer de la beauté fixe des disques protoplanétaires à leur lente chorégraphie.

Sources consultées
  1. Observatoire de Paris-PSLPremière observation en direct de la rotation d’un "berceau" de planètes
  2. CNRSFirst ever live observation of the rotation of a planetary nursery
  3. arXivDestructuring the disk of AB Aurigae: Dynamics and accretion
  4. European Southern ObservatorySPHERE, Spectro-Polarimetric High-contrast Exoplanet REsearch instrument
  5. LIRA, Observatoire de Paris-PSLLaboratory for Instrumentation and Research in Astrophysics