Au 59 rue Vergniaud, dans le 13e arrondissement, un foyer d’urgence pour femmes va gagner un niveau. Il ne gagnera pas de places. Les Œuvres de la Mie de Pain ont lancé un marché de travaux pour rénover et surélever leur foyer d’accueil d’urgence pour femmes en difficulté. Les entreprises ont jusqu’au 6 juillet 2026 pour répondre. Le chantier est annoncé pour vingt mois.
La nuance est importante: la capacité doit rester à 59 places. La surélévation ne sert donc pas à promettre un grand saut quantitatif. Elle doit surtout transformer un bâtiment ancien, construit entre 1926 et 1928, protégé au PLU et initialement non destiné à l’hébergement, en un lieu mieux adapté à la vie quotidienne.
Le projet prévoit 34 chambres, des chambres de deux lits maximum, un ascenseur remplacé, une accessibilité améliorée, des réseaux refaits, une rénovation énergétique, une façade restaurée et un niveau partiel ajouté sur le toit-terrasse. Ce n’est pas une ouverture de centre. Mais pour les femmes hébergées, des chambres moins pleines, un ascenseur remplacé et un bâtiment rénové peuvent changer le quotidien plus sûrement qu’une annonce de capacité.
Le Foyer Vergniaud accueille depuis fin 2016 des femmes isolées avec parcours de rue. En 2024, il a assuré 21 036 nuitées. La durée moyenne de séjour des femmes présentes en fin d’année atteignait deux ans et six mois. L’hébergement dit d’urgence n’est donc pas seulement une nuit de mise à l’abri. Il devient, faute de sorties rapides vers le logement, un temps long où la chambre, le bureau social, les repas, les soins et les espaces collectifs comptent vraiment.
La Mie de Pain indique que les orientations passent principalement par le SIAO Urgence de Paris, avec des admissions possibles en urgence pour des femmes en errance signalées comme vulnérables. Les parcours varient: rue, rupture, sortie d’hôpital, violences conjugales, isolement, santé fragile. Dans ce contexte, passer de chambres de deux à quatre lits à des chambres de deux lits maximum change quelque chose de très concret: moins de promiscuité, plus d’intimité, davantage de stabilité pour reprendre prise.
L’opération est aussi un choix de ville. Le coût annoncé dans la délibération parisienne est de 3,3 millions d’euros TTC, avec une aide de l’ANAH, des fonds propres de l’association, un appel aux dons et un emprunt. La Ville a autorisé un bail à construction de vingt ans, ce qui pérennise l’usage social du bâtiment. Pendant les travaux, les femmes hébergées devront être temporairement relogées dans d’autres structures de l’association.
Dans une capitale où les comptages de rue ne disent jamais tout, surtout pour les femmes qui se rendent souvent moins visibles pour se protéger, ce type de chantier a une portée discrète mais nette. Rue Vergniaud, Paris ne crée pas un grand symbole neuf. La réponse ne se comptera pas en lits supplémentaires. Elle se verra dans des chambres moins pleines, un étage ajouté et un foyer rendu plus habitable.
Sources consultées
- BOAMPTravaux de rénovation et de surélévation d’un foyer d’accueil d’urgence pour femmes en difficulté
- Ville de Paris2024 DLH 150, 59 rue Vergniaud à Paris, autorisation de signature d’un bail à construction au profit des Œuvres de la Mie de Pain
- Les Œuvres de la Mie de PainRapport d’activité 2024
- SénatFemmes sans abri, la face cachée de la rue