Article

Crack à Paris : le vrai test du renfort se joue après la maraude

À Paris, le renfort contre le crack devra relier maraudes, hébergement, soins et justice sans déplacer les scènes de consommation.

Illustration d’une maraude à Paris

À Rosa Parks, le parquet de Paris a étendu depuis mars une cellule de coordination judiciaire déjà testée aux Halles. Le nom du secteur compte : dans le Nord-Est parisien, le crack n’est pas une abstraction de réunion interministérielle. C’est une scène qui bouge, se reforme, use les riverains et laisse les personnes dépendantes dans une rue dont elles sortent rarement seules.

Le renfort annoncé le 13 mai par l’État, la Ville de Paris, la préfecture de police, le parquet et l’agence régionale de santé devra donc répondre à une question simple : que se passe-t-il après la maraude ?

Sur le papier, la chaîne est plus lisible. Dix équipes de maraudes quotidiennes sont mises en avant, les horaires de centres d’accueil sont élargis, trois nouvelles structures ont ouvert en 2024, environ 700 places d’hébergement sont mobilisées chaque nuit. Au 1er juin, un deuxième dispositif d’observation et d’orientation doit aussi ouvrir à la Pitié-Salpêtrière pour des usagers cumulant troubles somatiques, psychiatriques ou addictologiques.

Ce vocabulaire peut sembler technique. Il décrit pourtant le nerf du sujet : trouver la personne, l’accueillir, l’abriter, la soigner, puis éviter que le même point de consommation ne réapparaisse trois rues plus loin. Sans ce passage de relais, une opération visible peut vite devenir un déplacement, puis une nouvelle annonce quelques semaines plus tard.

Le volet judiciaire s’inscrit dans la même logique. En 2025, le parquet de Paris dit avoir traité plus de 1 000 procédures liées au crack, avec 420 injonctions thérapeutiques et 420 défèrements. La préfecture de police annonce 89 lieux de transformation démantelés en quatre ans, dont 26 en 2025. Ces chiffres comptent moins comme tableau de chasse que comme indice d’une double cible : les trafics et les situations où la consommation appelle aussi une orientation vers le soin.

Le contexte utile tient en une pression très locale. L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives relevait encore, pour 2024, une forte disponibilité du crack dans les espaces de grande précarité à Paris, avec des scènes concentrées dans le Nord-Est et des effets de dispersion. Autrement dit : le problème n’est pas seulement d’intervenir à un endroit, mais de tenir assez longtemps pour que l’endroit ne change pas simplement de trottoir.

La coordination prend alors un sens très concret. Ville, associations, hôpital, agence de santé, police et justice ne font pas le même métier. Le renfort ne vaudra que si leurs gestes s’enchaînent : une maraude qui trouve une place, une place qui ouvre un suivi, une enquête qui vise les lieux de transformation, une décision judiciaire qui ne confond pas trafiquant, usager dépendant et personne à protéger.

À Paris, le crack n’a jamais manqué d’acteurs publics. Le progrès se verra si, après l’intervention, il y a moins de retours au même point. Ou au point d’après.