Pour une structure parisienne qui travaille déjà sur la santé des femmes, la question est simple : le nouvel appel du Perqo peut-il apporter autre chose qu’un label régional ? La réponse dépendra surtout du niveau de maturité du projet. L’incubateur de la Région Île-de-France, installé à Saint-Ouen, cherche sa huitième promotion jusqu’au 22 juin 2026.
La nouveauté est nette : parmi ses quatre thématiques, le Perqo ajoute l’innovation au service de la santé et du bien-être des femmes. Le mot « femtech » reste flou pour beaucoup de lecteurs. Ici, il désigne des solutions pensées pour des besoins encore mal couverts : santé gynécologique et reproductive, cancers féminins, santé maternelle, santé mentale, santé sexuelle ou pathologies qui ne touchent pas les femmes et les hommes de la même manière.
Pour Paris, le sujet parle vite. La capitale concentre des hôpitaux, des laboratoires, des associations de patientes, des incubateurs et des start-up de santé. Mais une bonne idée ne suffit pas dans ce domaine. Il faut tester, documenter, trouver des utilisateurs réels, convaincre des soignants, parfois composer avec des exigences réglementaires. Le Perqo ne remplace pas tout cela. Il peut aider à ne pas le découvrir trop tard.
Deux parcours sont proposés. Expresso dure six mois et vise les projets en lancement, à condition que l’idée ait déjà été testée auprès d’utilisateurs. Lungo dure douze mois et s’adresse à des projets plus avancés, avec une solution finalisée et du chiffre d’affaires. Les candidats doivent porter une innovation à impact social ou environnemental, être domiciliés en Île-de-France ou compter au moins un porteur francilien.
Le tarif dit aussi quelque chose de la nature du dispositif : 200 euros hors taxes par mois pour deux bureaux et l’accompagnement, ou 100 euros pour certains publics, notamment bénéficiaires du RSA, de l’allocation aux adultes handicapés ou arrivant en fin de droits France Travail. Ce n’est donc pas un chèque. C’est une porte d’entrée : ateliers, coaching, entraînement au pitch, réseau d’experts et mises en relation.
La thématique santé des femmes n’arrive pas seule. Le Perqo s’appuie notamment sur le Women’s Living Lab de l’Institut des Cancers des Femmes de l’Institut Curie et sur Medicen Paris Region, le pôle de compétitivité santé francilien. Pour des projets parisiens, ces noms comptent : ils peuvent ouvrir des portes vers des médecins, des chercheurs, des patientes et des industriels de santé. L’enjeu n’est pas seulement de formuler une bonne idée, mais de montrer qu’elle peut tenir face à des usages de santé réels.
Il faut aussi distinguer le Perqo du fonds Femtech Île-de-France annoncé par la Région. Ce fonds, déployé par Turenne Santé avec l’appui scientifique de l’Université Paris Cité, vise 50 millions d’euros et peut investir jusqu’à 2,5 millions d’euros par start-up. Ce n’est pas le même outil : d’un côté, un incubateur ; de l’autre, un véhicule d’investissement. Mais les deux annonces vont dans le même sens. La santé des femmes n’est plus seulement portée par des associations ou des soignantes qui alertent. Elle attire aussi des accompagnateurs, des investisseurs et des partenaires scientifiques.
La santé numérique parisienne avait déjà trouvé une vitrine avec Care Forward à l’Hôtel-Dieu. Le Perqo ajoute une entrée plus ciblée : qui peut transformer un besoin de santé des femmes en projet assez solide pour être accompagné ? Pour les équipes concernées, le bon réflexe est donc assez simple : regarder le Perqo comme une rampe de lancement, pas comme une promesse automatique. Même dans la femtech, le mot le plus important reste souvent « preuve ».