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À Curie, la nuit n’est pas une pause dans l’hôpital

À l’Institut Curie, l’équipe de nuit rappelle comment la continuité des soins tient, rue d’Ulm, quand Paris ralentit.

Illustration - Couloir d’hôpital de nuit

À 19h45, rue d’Ulm, l’hôpital ne ferme pas: il change de rythme. Dans le poste de soins de l’Institut Curie, l’équipe de jour transmet ce qui ne doit pas se perdre avec la lumière: les traitements, les constantes, les fragilités, les patients à surveiller de près. Les couloirs se vident un peu. La nuit commence.

Un reportage publié par l’Institut Curie suit plusieurs de ces professionnels: Chafia, cadre de santé; Solène et Laure, infirmières; Catherine, aide-soignante; Yann, agent de sécurité incendie. Leurs métiers disent bien que la nuit ne repose pas seulement sur les soins au chevet. Il faut aussi coordonner, appeler un médecin d’astreinte, assurer les rondes, répondre aux alertes, surveiller les circulations et garder le bâtiment en état de fonctionner pendant que la ville ralentit.

Dans un hôpital de cancérologie, certaines situations ne peuvent pas attendre le matin. Le récit de Curie évoque deux patients opérés pour des péritonites qui doivent remonter du bloc, puis un patient récemment trachéotomisé qui nécessite des soins réguliers. À cela s’ajoutent les réveils, les douleurs, les inquiétudes, les proches à rassurer parfois. La nuit ne rend pas l’hôpital immobile. Elle enlève surtout une partie du bruit.

L’Institut Curie est souvent associé à la recherche, aux traitements de pointe et à la médecine de précision. Son ensemble hospitalier prend en charge 54 000 patients par an sur trois sites, dont l’hôpital de Paris, entre la rue d’Ulm et la rue Louis-Thuillier. Mais la continuité des soins se voit moins bien que les innovations. Elle passe par des gestes plus ordinaires: une transmission claire, une chambre vérifiée, un appel passé assez tôt, une présence quand un patient ne dort plus.

L’équipe de nuit suivie par Curie compte une vingtaine de personnes chaque soir, au sein d’un ensemble de 72 professionnels travaillant de nuit. Cette échelle évite deux images faciles: celle de l’armée invisible et celle du héros solitaire. La nuit hospitalière tient plutôt à une petite organisation très concrète, avec moins de monde, moins d’interlocuteurs immédiats et une obligation simple: savoir quoi faire maintenant, quoi surveiller, quoi transmettre.

Ce travail n’est pas marginal. Selon l’Insee, en 2022, une personne en emploi sur dix avait travaillé au moins une fois la nuit sur une période de quatre semaines. Santé publique France relevait déjà que les infirmiers, sages-femmes et aides-soignants comptaient parmi les professions les plus concernées par le travail de nuit habituel. À Paris, où les grands établissements de recours concentrent des soins spécialisés, ces équipes apparaissent rarement au premier plan des annonces hospitalières. Elles font pourtant partie de ce qui permet à l’hôpital de tenir.

Ce que montre Curie, au fond, est assez simple: un hôpital ne fonctionne pas seulement grâce à ses plateaux techniques, ses blocs ou ses découvertes. Il fonctionne aussi parce que quelqu’un reprend les informations à 19h45, parce qu’une ronde est faite, parce qu’un médicament est prêt, parce qu’un patient peut sonner sans tomber dans le vide. La nuit n’a pas besoin d’être romancée. Elle a déjà largement de quoi s’occuper.