Sortir de la gare du Nord n’est jamais seulement sortir d’une gare. Il faut trouver son bus, rejoindre le métro, éviter les vélos, traverser avec une valise, attendre quelqu’un sans bloquer le passage, comprendre de quel côté partir. Quand tout va bien, on ne remarque presque rien. Quand cela coince, tout le monde le sent tout de suite.
C’est sur ce quotidien très dense que Paris a travaillé en réaménageant les abords de la gare du Nord. Le périmètre concerne notamment le parvis Napoléon-III, la rue de Dunkerque, les rues de Saint-Quentin, de Compiègne, de Valenciennes et le boulevard de Denain. Le projet promet plus de place pour les piétons et les vélos, davantage de végétation et des circulations plus lisibles.
Le changement le plus visible se trouve devant la façade: le parvis Napoléon-III a été largement agrandi, passant d’environ 1 900 à 4 700 m². Dans un lieu fréquenté par près de 700 000 voyageurs par jour, ce n’est pas seulement une affaire de confort visuel. Quelques mètres de plus peuvent aider à absorber les sorties de train, les files, les hésitations, les rendez-vous improvisés et les trajets contrariés.
La Ville de Paris annonce aussi près de 200 arceaux vélos sur le parvis, de nouvelles traversées piétonnes, 23 arbres supplémentaires, 845 m² de pleine terre et des bacs végétalisés qui servent aussi à sécuriser certains espaces. Rue de Saint-Quentin, les trottoirs sont élargis et plantés. Rue de Compiègne, cinq arbres ont été ajoutés. Boulevard de Denain, l’espace piéton conserve une place centrale, avec des jardinières et des traversées plus marquées.
La réussite ne se lira pas seulement dans le nombre d’arbres. Elle se verra dans des choses plus ordinaires: un cheminement qui reste clair à l’heure de pointe, un bac qui protège sans gêner, une traversée que l’on comprend sans hésiter, un arceau vélo qui ne déborde pas sur le passage, un peu d’ombre qui tombe au bon endroit. À la gare du Nord, l’espace public est jugé par des gens qui n’ont pas le temps de lire un plan.
Ce chantier prolonge une question déjà très parisienne: à quoi reconnaît-on un trottoir qui fonctionne vraiment? Autour de la gare du Nord, la réponse se vérifie plus vite qu’ailleurs. Un trottoir doit permettre de marcher, mais aussi d’attendre, de s’orienter, de changer de mode de transport, de laisser passer les bus, les taxis, les vélos, les personnes à mobilité réduite, les touristes et les riverains.
La concertation menée avant les travaux avait fait remonter des attentes très concrètes: moins de voitures sur le parvis, des cheminements piétons plus larges, un stationnement vélo sécurisé, davantage de nettoyage, de lumière, de mobilier pour s’asseoir et des toilettes. Une partie de ces demandes trouve une traduction dans les aménagements: deux sanisettes sont annoncées rue de Saint-Quentin, les parcours piétons ont été retravaillés et les abords cherchent à mieux relier la gare aux rues voisines.
Reste une évidence: on ne transforme pas les abords de la gare du Nord comme une petite place calme. La SNCF a modernisé l’intérieur de la gare, notamment les parcours, la signalétique et les accès vers les bus et les vélos. L’extérieur doit maintenant tenir le rôle le plus ingrat: faire passer sans trop de friction une foule qui ne se comporte jamais comme sur les plans.
Si le réaménagement fonctionne, il ne rendra pas la gare du Nord paisible. Ce serait beaucoup demander, même à 23 arbres. Il rendra plutôt des milliers de petits trajets un peu moins pénibles, répétés toute la journée. À cet endroit de Paris, c’est déjà une victoire très concrète.