Dix maraudes chaque jour, environ 700 places d’hébergement, un nouveau dispositif hospitalier à la Pitié-Salpêtrière à partir du 1er juin. Le renforcement annoncé par l’État et la Ville de Paris contre la consommation de crack ne tient pas seulement dans une formule de sécurité. Il met surtout à l’épreuve une question très concrète : que se passe-t-il après le premier contact dans la rue ?
Le communiqué publié le 13 mai associe la Ville, la préfecture de région, la préfecture de police, le parquet de Paris et l’agence régionale de santé. Ce n’est pas un nouveau plan sorti de nulle part. Il prolonge le Plan crack engagé depuis 2019, avec une logique déjà connue : agir à la fois sur les points de vente, les lieux de consommation, l’accès aux soins, l’hébergement et la tranquillité des habitants.
Quelques éléments permettent toutefois de comprendre ce qui est renforcé. Les maraudes doivent rester quotidiennes. Les horaires de certains centres d’accueil sont étendus. Trois structures ont été ouvertes en 2024, dont une dédiée aux femmes. Le dispositif ASSORE mobilise environ 700 places d’hébergement chaque nuit pour des personnes concernées par la consommation de crack.
Le point le plus tangible côté santé est l’ouverture annoncée d’un deuxième dispositif d’observation et d’orientation, à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Il doit accueillir des personnes dont la situation mêle addiction, troubles psychiques, problèmes de santé et grande précarité. Cette annonce touche aussi à une question déjà visible dans les politiques parisiennes de santé mentale : une prise en charge ne vaut que si elle trouve une place réelle au moment où la personne peut l’accepter.
La partie sécurité et justice avance d’autres chiffres. La préfecture de police indique que 89 “cuisines”, ces lieux de transformation du crack, ont été démantelées en quatre ans, dont 26 en 2025. Le parquet de Paris fait état de plus de 1 000 procédures liées au crack traitées en 2025, avec 420 injonctions thérapeutiques et 420 défèrements. Une cellule judiciaire de coordination, d’abord centrée sur les Halles, est désormais orientée vers le secteur de Rosa Parks.
Le sujet parisien est là : une même scène de rue oblige plusieurs services à agir en même temps. Protéger un hall, empêcher un trafic, éviter qu’une personne disparaisse du suivi, trouver un lit, proposer un soin, traiter une procédure judiciaire. Prises séparément, ces réponses s’épuisent vite. Mal reliées, elles peuvent même se gêner.
Le risque le plus connu reste celui du déplacement. Après chaque sécurisation d’un lieu, la tension peut se reporter ailleurs. Cela peut soulager une rue, puis compliquer la suivante. Pour les habitants, les commerçants, les usagers des transports et les associations, la différence se mesurera donc moins au nombre d’institutions présentes dans le communiqué qu’à la continuité du parcours.
Le renfort annoncé sera utile si une maraude retrouve la même personne le lendemain, si l’hôpital peut réellement orienter, si l’hébergement ne coupe pas le lien avec le soin, si la justice ouvre aussi des sorties thérapeutiques, et si les quartiers ne se renvoient pas le problème de place en place.
À Paris, ce serait déjà un progrès très concret : moins de portes qui se referment au mauvais moment, et un peu moins de ping-pong autour d’un problème que personne ne peut résoudre seul.