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Notre-Dame: le débat des nouveaux vitraux tient dans six baies

Paris soutient les nouveaux vitraux prévus dans six chapelles de Notre-Dame. Un projet limité, mais sensible pour la restauration de la cathédrale.

Vitraux de Notre-Dame de Paris

Dans Notre-Dame, les nouveaux vitraux ne concerneraient ni les grandes roses, ni les verrières les plus célèbres. Le projet se joue plus bas, dans six chapelles du bas-côté sud de la nef. Six baies, sur un ensemble beaucoup plus vaste. Assez peu, en surface. Assez pour rallumer une question très concrète à Paris: que peut-on changer dans un monument que le monde entier vient de regarder renaître?

La Ville de Paris a pris position le 11 mai en soutenant pleinement le projet. Ce soutien ne fait pas d’elle l’autorité qui décide. Notre-Dame appartient à l’État, et les autorisations relèvent des services du patrimoine. Mais la prise de parole municipale compte: Paris choisit de défendre une restauration qui laisse une place visible à la création contemporaine.

Le point sensible est là: les vitraux appelés à être remplacés n’ont pas brûlé dans l’incendie de 2019. Ils datent du XIXe siècle et sont liés au grand chantier de Viollet-le-Duc. L’autorisation de travaux prévoit leur dépose, leur restauration, leur conservation et leur présentation au public, notamment au château de Pierrefonds et à la Cité de l’architecture et du patrimoine. Pour les soutiens du projet, cette solution évite la disparition pure et simple des vitraux actuels. Pour ses opposants, elle ne répond pas à l’objection principale: pourquoi retirer des éléments historiques intacts d’un monument classé?

Le projet retenu est celui de Claire Tabouret, avec l’atelier Simon-Marq. Il représente 121 m² sur environ 2 500 m² de verrières dans la cathédrale. Ses défenseurs insistent sur cette proportion limitée, sur le caractère réversible de l’intervention et sur l’histoire même de Notre-Dame, faite de plusieurs campagnes et de plusieurs époques. Les nouveaux vitraux doivent s’inscrire dans six chapelles et dialoguer avec l’arbre de Jessé conservé dans le même secteur. Le contraste est fort avec des chantiers plus discrets, comme la restauration des vitraux de la collégiale Saint-Louis à La Saussaye, où la question est d’abord de maintenir des verrières fragilisées en place.

La surface, pourtant, ne règle pas la question. À Notre-Dame, une intervention visible ne reste jamais réservée aux spécialistes. Plus de 11 millions de visiteurs ont franchi les portes de la cathédrale en 2025, selon Notre-Dame de Paris. Le moindre choix y devient public, photographié, commenté, exporté bien au-delà de Paris.

Le tribunal administratif de Paris a déjà rejeté, en novembre 2025, une contestation visant le marché public confié au groupement de Claire Tabouret. Le tribunal administratif de Paris a estimé que la mission de conservation et de restauration de l’établissement public ne lui interdisait pas de porter cette intervention. Cela n’épuise pas le débat patrimonial, mais cela précise le terrain: la controverse ne porte plus seulement sur la procédure. Elle porte sur l’idée même d’une cathédrale restaurée qui accepte une marque de 2026.

Après les chantiers plus techniques, comme ceux qui se poursuivent côté sacristie, les vitraux déplacent donc la discussion. Il ne s’agit plus seulement de réparer ce que l’incendie a abîmé. Il s’agit de savoir si la reconstruction peut aussi ajouter une trace de son époque, et à quelles conditions.