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À Broussais, l’AP-HP prépare la chirurgie qui s’apprend avant de changer

L’AP-HP cherche des partenaires pour former, tester et évaluer les innovations chirurgicales dans son futur institut Francine-Leca.

Simulation chirurgicale à l’hôpital

À Broussais, l’AP-HP ne promet pas un nouvel outil spectaculaire. Elle prépare plutôt l’endroit où les gestes devront être appris, répétés et évalués avant de rejoindre le bloc opératoire.

Le futur institut universitaire de chirurgie et de médecine interventionnelle Francine-Leca, prévu à partir de septembre 2027 sur le site de l’ancien hôpital Broussais, dans le 14e arrondissement, lance un appel à manifestation d’intérêt. L’AP-HP y cherche des partenaires académiques et industriels pour construire une partie de ce que l’on voit rarement derrière l’innovation médicale : la formation, la simulation, l’évaluation des outils et leur intégration dans les pratiques réelles.

Le projet réunit l’AP-HP et les six universités franciliennes à composante santé. Il doit remplacer une école de chirurgie devenue trop étroite rue du Fer-à-Moulin, à Paris 5e, pour des pratiques qui demandent désormais des salles hybrides, des simulateurs, des gestes guidés par l’image, des procédures filmées, des logiciels et des temps de débriefing. La médecine interventionnelle, qui consiste à traiter avec des gestes ciblés souvent guidés par l’imagerie, a besoin de cette précision. Elle ne s’apprend pas seulement dans un amphithéâtre.

L’échelle est considérable. L’AP-HP indiquait en 2025 plus de 281 000 interventions chirurgicales dans son centre hospitalo-universitaire francilien, dont 94 500 en ambulatoire, réparties dans 53 blocs chirurgicaux. Dans un tel ensemble, une innovation mal préparée n’est pas seulement une promesse déçue. Elle peut devenir une perte de temps, une gêne pour les équipes, un outil mal compris ou un risque inutile.

C’est ce que l’appel tente d’éviter. Les partenaires pourront proposer des formations, contribuer à l’évaluation d’outils ou accéder à certaines plateformes de l’institut, comme les espaces de simulation ou le futur Smart Surgery Lab. Les réponses sont attendues jusqu’au 15 septembre 2026. Le dossier vise notamment la chirurgie robotique, l’endoscopie, la radiologie interventionnelle, la microchirurgie et les gestes assistés par l’image, mais le cœur du sujet n’est pas la liste des techniques. Il est dans la méthode : apprendre avant d’utiliser, tester avant de généraliser, mesurer avant de célébrer.

Pour les entreprises de dispositifs médicaux, l’intérêt est évident. Avoir accès à un environnement proche du bloc opératoire peut aider à ajuster un équipement, former des utilisateurs ou comprendre pourquoi une solution convaincante en démonstration se heurte parfois au rythme réel de l’hôpital. Paris offre ici un terrain rare : hôpitaux publics, universités, chercheurs, industriels et start-up de santé s’y croisent à quelques stations de métro.

Mais l’AP-HP encadre cette ouverture. L’appel ne vaut pas contrat, ne promet pas d’exclusivité et ne donne pas un accès direct aux patients. Les formations restent validées par le comité pédagogique. Les industriels ne peuvent pas se substituer à l’enseignement universitaire, ni transformer les supports de formation en démonstrations commerciales. C’est une précision importante : l’hôpital public peut travailler avec des acteurs privés sans leur abandonner la définition de ce qui doit être appris.

Pour les patients parisiens, il ne faut donc pas lire cet appel comme l’annonce d’une nouvelle technique disponible demain matin. Son intérêt est plus discret. Il concerne le chemin qui précède le soin : la manière dont un geste est transmis, dont un outil est comparé, dont une équipe se l’approprie, dont une promesse technique devient une pratique acceptable.

Après les innovations cliniques déjà visibles dans plusieurs hôpitaux parisiens, Broussais raconte une autre étape. Moins spectaculaire, mais décisive. À l’hôpital, l’innovation commence souvent avant le patient : dans l’apprentissage, l’essai et la preuve.