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À Paris, le budget de l’eau se joue à hauteur de gourde

Treize projets du budget participatif d’Eau de Paris vont financer des usages concrets: gourdes, écoles, accès à l’eau, réparations et sobriété.

Illustration - fontaine et gourde à Paris

Le projet tient presque dans une main: remplacer des bouteilles jetables par des gourdes et des écocups pour des personnes hébergées par La Mie de Pain. Ailleurs, il s’agit d’aider les personnes sans abri à repérer les points d’eau potable, d’apprendre à réparer une petite fuite dans un logement d’insertion ou de faire travailler des classes sur le cycle de l’eau.

C’est la bonne échelle pour comprendre le 3e budget participatif d’Eau de Paris. Pas les grands tuyaux, pas les chantiers invisibles du réseau, mais les usages quotidiens d’un service public que l’on oublie dès qu’il fonctionne.

L’entreprise publique, chargée de produire et distribuer l’eau dans la capitale, avait ouvert une enveloppe de 250 000 euros. Cinquante-quatre projets ont été déposés, trente-six soumis au vote et treize retenus après 17 080 votes exprimés par 6 200 votants. Le vote est terminé depuis février. Le test commence maintenant: les projets doivent être accompagnés par Eau de Paris pour être réalisés entre 2026 et fin 2027.

Les lauréats dessinent une carte assez parlante de l’eau ordinaire. La Cloche veut mieux informer les personnes à la rue sur l’accès à l’eau potable. Solidarités Nouvelles pour le Logement prévoit des ateliers sur les bons gestes, les petites réparations et les économies d’eau. D’autres projets passent par les enfants: défis écologiques dans cent classes parisiennes, “Classes Eau & Climat”, activités sur le lien entre eau potable et alimentation durable.

Rien de spectaculaire, et c’est la force du sujet. L’eau devient ici une affaire de cour d’école, de cantine, de maraude, de logement, de gourde dans un sac. Une ressource qui circule dans un réseau très technique, mais qui se joue aussi dans des gestes minuscules: boire sans acheter une bouteille, savoir où remplir un contenant, comprendre pourquoi une fuite compte, relier ce qui sort du robinet à la chaleur, à l’alimentation, aux déchets.

Paris dispose déjà d’un réseau dense de fontaines et de points d’eau. La Ville recense environ 1 300 points d’eau potable, dont 175 fontaines brumisantes, utiles lors des épisodes de chaleur. La Clé Publique avait raconté récemment comment l’eau gratuite redevient une vraie carte de la ville. Le budget participatif ajoute une autre couche: non plus seulement où l’eau se trouve, mais comment des associations, des écoles et des habitants s’en emparent.

Il faut garder la mesure. Avec 250 000 euros, on ne transforme pas la politique parisienne de l’eau. On finance des outils, des ateliers, des expérimentations, des coups de pouce à des structures déjà engagées. La réussite se vérifiera dans des choses simples: des classes réellement touchées, des personnes mieux orientées, moins de bouteilles jetées, quelques fuites évitées, des habitudes un peu plus solides.

C’est limité, mais ce n’est pas décoratif. Pour un service public aussi quotidien que l’eau, la proximité n’est pas un supplément. Elle est l’endroit où les habitants voient ce que le service change vraiment.