Dans le bâtiment Gaston Cordier de la Pitié-Salpêtrière, le nouveau robot n’arrive pas seulement avec ses bras articulés. Il arrive avec des créneaux de bloc, des équipes à former, des instruments à préparer et deux premières spécialités concernées : l’urologie et la gynécologie.
L’Assistance publique - Hôpitaux de Paris annonce l’équipement de trois hôpitaux parisiens avec le robot chirurgical Da Vinci Single Port : la Pitié-Salpêtrière, Lariboisière et l’Hôpital européen Georges-Pompidou. La promesse technique tient en deux mots : “Single Port”. Le système permet, pour certaines interventions mini-invasives, de passer par une seule incision plutôt que par plusieurs points d’entrée.
Pour un patient, l’idée se comprend vite : limiter l’ouverture, rendre le geste chirurgical moins invasif, favoriser une récupération plus simple quand l’indication médicale s’y prête. Mais la nouveauté ne se joue pas seulement dans la taille de l’incision. Elle se joue dans la manière dont l’hôpital public transforme une machine rare en outil réellement disponible.
À la Pitié-Salpêtrière, l’AP-HP précise qu’il s’agit du quatrième robot chirurgical du site. Les deux autres robots Single Port doivent être déployés à Lariboisière et à Georges-Pompidou dans le cadre d’une évaluation médico-économique. Ce détail compte. Il signifie que l’AP-HP ne présente pas seulement l’équipement comme une prouesse technique, mais aussi comme un objet à comparer : face aux autres modes de chirurgie, face aux robots Da Vinci Xi déjà présents, face aux coûts, aux résultats et à l’organisation des blocs.
C’est là que le sujet devient vraiment parisien. Les grands hôpitaux de l’AP-HP concentrent des spécialités de recours, des équipes entraînées et des plateaux techniques rares. Cette force crée aussi une question simple : qui aura accès à cette technologie, dans quel hôpital, pour quelle indication et avec quel bénéfice mesuré ?
Le coût exact de ce déploiement n’est pas donné dans l’annonce. On sait toutefois que la chirurgie robot-assistée ne se limite jamais au prix de la machine. En 2025, lors de l’équipement de plusieurs hôpitaux en robots Da Vinci Xi, l’AP-HP évoquait un investissement de 52 millions d’euros sur sept ans, comprenant l’acquisition, la formation, l’entretien et les consommables. Le bon calcul ne porte donc pas seulement sur l’achat. Il porte sur l’usage.
Le point compte d’autant plus que l’AP-HP assume une trajectoire budgétaire plus longue, avec un retour à l’équilibre repoussé à 2030, tout en maintenant ses investissements, ses recrutements et des réouvertures de lits. Le robot Single Port entre dans cette équation : continuer à moderniser, mais prouver que la modernisation rend un service concret.
Pour les patients, la vraie nouveauté ne sera donc pas seulement de voir apparaître un robot de dernière génération dans trois hôpitaux parisiens. Elle sera dans la capacité de l’AP-HP à en faire autre chose qu’un équipement rare : un outil choisi pour les bons cas, intégré dans les plannings, maîtrisé par les équipes et évalué dans ses résultats.