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À Bichat, une piste contre les bactéries résistantes se cherche dans l’intestin

Une étude associant Bichat, l’AP-HP, l’Inserm et le CHU de Nantes explore le rôle du microbiote face aux bactéries résistantes après antibiotique.

Illustration - microbiote intestinal et antibiotique

Avant même la première dose de ceftriaxone, un antibiotique utilisé contre des infections sévères, une partie de la réponse se trouve peut-être déjà dans l’intestin du patient. Pas seulement dans les bactéries qui y vivent, mais dans ce qu’elles sont capables de faire.

C’est le résultat le plus intéressant de l’étude Arcmi, signalée par l’AP-HP le 30 avril. Menée par des équipes du CHU de Nantes, en collaboration avec l’hôpital Bichat-Claude-Bernard, l’AP-HP et l’Inserm, elle cherche à comprendre pourquoi certains patients acquièrent une bactérie multirésistante après un traitement antibiotique, tandis que d’autres y échappent.

Dans cette cohorte, 15 % des patients ont acquis une bactérie multirésistante dans les trente jours. Chez tous, l’antibiotique a réduit la richesse et la diversité du microbiote intestinal. Mais les patients qui n’ont pas acquis cette bactérie présentaient, avant le traitement, un répertoire plus riche de gènes capables de coder des bêta-lactamases, des enzymes qui dégradent certains antibiotiques.

Le résultat est contre-intuitif. On pourrait croire qu’un intestin contenant davantage de gènes liés à la résistance serait forcément une mauvaise nouvelle. L’étude suggère une lecture plus fine: dans certains cas, la diversité fonctionnelle du microbiote pourrait amortir une partie du choc provoqué par l’antibiotique et rendre plus difficile l’installation d’une bactérie résistante.

Il faut garder la phrase au conditionnel. Arcmi ne débouche pas sur un traitement annoncé, ni sur un test de routine à court terme. Elle ajoute plutôt une pièce à une question très concrète: comment préserver l’efficacité des antibiotiques quand leur usage, parfois indispensable, déséquilibre aussi les écosystèmes microbiens qui protègent le patient.

À Paris, le sujet a un ancrage très concret. Bichat est l’un des grands hôpitaux du nord de la capitale et le site d’équipes de recherche travaillant sur les infections, les microbiotes et l’épidémiologie. À Paris, entre médecine de ville, urgences, services spécialisés et laboratoires hospitaliers, l’antibiorésistance n’est pas un sujet lointain. Elle se joue dans une prescription d’angine, dans une infection urinaire, dans une pneumonie, dans le choix de traiter vite ou de ne pas traiter inutilement.

Les chiffres nationaux rappellent l’échelle du problème. En 2024, les prescriptions d’antibiotiques en ville ont augmenté de 4,8 % en France par rapport à 2023, avec plus de 860 prescriptions pour 1 000 habitants. À l’hôpital, la surveillance nationale souligne une consommation d’antibiotiques au plus haut depuis 2015 parmi les établissements participants, et la ceftriaxone fait partie des molécules les plus utilisées.

La piste du microbiote ne remplace donc pas le message connu: un antibiotique doit être donné seulement quand il est nécessaire, à la bonne dose et pendant la bonne durée. Elle le rend plus précis. Un traitement antibiotique n’agit pas dans le vide. Il traverse un écosystème déjà là, fragile, variable d’un patient à l’autre, et parfois décisif dans la suite de l’infection.

C’est ce qui donne à cette recherche une portée très concrète. Elle ne promet pas de solution magique contre les bactéries résistantes. Elle montre que la bataille se joue aussi dans la manière de comprendre le terrain avant de traiter. À Bichat comme ailleurs, l’enjeu reste simple: garder les antibiotiques efficaces quand on en a vraiment besoin.