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À Paris, l’IA se joue aussi dans les thèses

PR[AI]RIE-PSAI ouvre 23 contrats doctoraux en IA à Paris. Un signal concret sur la formation longue, la recherche et la compétition pour les talents.

Doctorants en IA à Paris

PR[AI]RIE-PSAI ouvre 23 contrats doctoraux en intelligence artificielle, financés par France 2030. Les candidatures se jouent en mai, avec des dates limites qui vont du 1er au 25 mai selon les sujets. Pour Paris, ce n’est pas une annonce de plus dans le brouhaha de l’IA. C’est un signal plus concret: la capitale organise la formation longue dont elle aura besoin pour rester dans la course.

Les sujets proposés disent bien où se déplace l’enjeu. On y trouve de l’imagerie pour la chirurgie des tumeurs cérébrales, de la modélisation moléculaire, de l’IA conversationnelle, de la robotique, des matériaux, du traitement automatique des langues et de la décision médicale. L’IA doctorale n’est plus un couloir réservé aux informaticiens. Elle entre dans la chimie, la santé, la physique, les sciences du langage et l’étude du cerveau.

C’est la première leçon de cet appel: la formation devient une infrastructure. Un contrat doctoral, ce n’est pas seulement trois ans de recherche. C’est un laboratoire qui recrute, un sujet qui s’installe, un encadrant qui forme, un futur profil rare qui peut ensuite rejoindre la recherche publique, un hôpital, une entreprise technologique ou une jeune pousse. Dans un marché où tout le monde cherche les mêmes compétences, produire ces profils localement devient un avantage.

Paris part avec une densité difficile à copier. Les offres font apparaître l’École normale supérieure, Inria, l’Institut Curie, Chimie ParisTech, Mines Paris, Paris Dauphine, l’ESPCI, l’Institut Langevin ou encore le Paris Brain Institute. PR[AI]RIE-PSAI revendique 125 chercheurs, issus de domaines variés comme la biologie, la santé, la physique, les transports ou l’environnement. Ce n’est pas seulement un réseau académique: c’est une machine à faire circuler des problèmes réels entre laboratoires, industrie et services publics.

La deuxième leçon est nationale. La France a choisi neuf pôles d’excellence en IA, soutenus par 360 millions d’euros dans le cadre de France 2030. PR[AI]RIE-PSAI, porté par PSL avec Université Paris Cité, le CNRS, Inria et l’Institut Pasteur, a reçu 75 millions d’euros sur cinq ans, la dotation la plus élevée du programme. L’objectif n’est pas décoratif: il s’agit de renforcer la recherche, d’élargir les formations et de faire monter le nombre de spécialistes capables de concevoir, évaluer et appliquer l’IA.

Le timing compte. D’après le rapport 2026 de Stanford, l’industrie a produit plus de 90% des grands modèles d’IA remarqués en 2025. Les universités ne dominent donc plus seules la frontière visible de la technologie. Mais elles gardent une fonction décisive: former des chercheurs capables de comprendre ce que ces modèles font, où ils échouent, comment les tester et comment les adapter à des domaines où l’erreur coûte cher.

C’est là que les 23 thèses prennent leur vraie valeur. Elles ne feront pas de Paris, à elles seules, une capitale mondiale de l’IA. Mais elles montrent une stratégie plus solide que la simple course aux annonces: investir dans des personnes, des sujets précis et des ponts entre disciplines. Dans l’IA, la vitesse compte. Mais les places qui dureront seront aussi celles qui savent former.