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Radiothérapie Flash: l’écosystème parisien prépare le saut du laboratoire au patient

Institut Curie, PSL, CEA et Thales préparent une plateforme de radiothérapie Flash pour tester une piste prometteuse contre certains cancers.

Illustration de radiothérapie innovante

La radiothérapie Flash avance d’un cran en Île-de-France, mais elle n’arrive pas encore dans les salles de soin. L’Institut Curie, Paris Sciences et Lettres, le Commissariat à l’énergie atomique et Thales préparent la construction, sur le site d’Orsay de l’Institut Curie, d’une plateforme destinée à tester cette approche de radiothérapie à très haut débit de dose. Thales doit construire et installer l’équipement d’ici 2027. L’objectif est de disposer, d’ici 2029, d’un outil capable de produire les données nécessaires avant de premiers essais cliniques.

Le principe est simple à formuler, beaucoup moins à prouver: délivrer des rayons en une fraction de seconde, avec l’espoir de détruire la tumeur tout en épargnant davantage les tissus sains. C’est un enjeu majeur, car la radiothérapie concerne plus d’un patient atteint de cancer sur deux au cours de son parcours. Le problème n’est pas seulement de viser juste, mais de limiter les séquelles autour de la zone traitée.

La plateforme annoncée vise une étape plus ambitieuse que les premières pistes Flash sur des lésions superficielles. Elle doit travailler avec des électrons de très haute énergie, capables d’atteindre des tumeurs profondes. Les indications évoquées concernent notamment des cancers du poumon, du pancréas, des tumeurs cérébrales, certains cancers pédiatriques et des situations où un patient a déjà été irradié. Le budget annoncé atteint 37 millions d’euros, dont 35 millions via France 2030, le programme public d’investissement, et 2 millions de la Région Île-de-France.

Le sujet dépasse donc l’annonce scientifique. Il parle d’infrastructure médicale: accélérateurs, mesure de la dose, sécurité, essais, équipes formées, coopération entre chercheurs, industriels et médecins. C’est là que l’écosystème parisien et francilien compte. Curie apporte le lien entre recherche et cancérologie, le CEA la physique et la radioprotection, Thales l’ingénierie de l’accélérateur, PSL le cadre académique. À Villejuif, Gustave Roussy et Theryq portent déjà un autre projet Flash profond, FLASHDEEP, doté de 38 millions d’euros.

Il reste à prouver l’effet chez les patients. Les mécanismes biologiques de la radiothérapie Flash ne sont pas entièrement compris. Les doses, les rythmes de traitement et les indications devront être établis proprement. Mais le mouvement est concret: financements, machine, industriels, centres anticancer et calendrier. La promesse ne soigne encore personne; elle entre dans la phase où elle peut être testée sérieusement.