À Paris Rive Gauche, la suite de la transformation passe par des travaux très concrets: voirie, réseaux, éclairage, arbres, trottoirs, piste cyclable, placette. L’aménageur public SEMAPA a lancé une consultation pour la future rue David Bowie, dans le secteur Austerlitz. Un autre avis concerne l’allée Paris-Ivry, la placette Berlier et les secteurs Masséna-Bruneseau. Pris ensemble, ces marchés disent où en est le sud-est parisien: après les grands immeubles, il faut maintenant fabriquer les liaisons.
Le marché de la rue David Bowie prévoit trente mois de travaux entre l’avenue Pierre-Mendès-France et le boulevard de l’Hôpital, en passant par le pont qui franchit les voies de la gare d’Austerlitz. Trois lots sont prévus: 4 millions d’euros pour la voirie et les réseaux, 215 000 euros pour l’éclairage et la signalisation lumineuse, 630 000 euros pour les espaces verts. Les offres sont attendues jusqu’au 20 mai 2026.
L’enjeu n’est pas seulement de finir une rue. La rue David Bowie sert aujourd’hui de voie de desserte pour les chantiers voisins. Elle doit devenir une vraie rue, avec trottoirs arborés, végétation diversifiée, piste cyclable sécurisée, circulation à sens unique, mobilier urbain et belvédère au débouché du pont de la Salpêtrière. Dans un quartier neuf, c’est souvent là que tout se joue: un bâtiment peut être réussi, mais si les cheminements sont mal pensés, le quartier reste difficile à vivre.
Le second secteur est plus stratégique encore. L’allée Paris-Ivry touche la limite entre Paris et Ivry-sur-Seine, longtemps marquée par les anciennes fortifications, les voies ferrées, le périphérique et son échangeur. Dès 2014, la Ville présentait cette voie comme un axe destiné à relier Paris 7 à Ivry, avec un passage sous le boulevard du général Jean-Simon puis un franchissement du périphérique jusqu’à la rue Bruneseau.
Ce n’est donc pas un simple bout de voirie. En 2020, la Ville décrivait l’allée Paris-Ivry comme une liaison largement piétonne et ouverte aux mobilités actives, bordée de commerces et d’activités, avec un terminus de bus sous l’échangeur du quai d’Ivry. Elle annonçait aussi le passage du T Zen 5, entre Bibliothèque François-Mitterrand et Gare des Ardoines, avec des correspondances vers les lignes 10 et 14, le RER C et le tramway T3.
Paris Rive Gauche est une opération de très longue haleine. Elle a démarré au début des années 1990 et couvre 130 hectares entre Austerlitz, la Seine, la rue du Chevaleret et Ivry. La Ville indique que les trois quarts du programme sont déjà réalisés. À terme, le projet doit réunir 7 500 logements, dont 50% de logements sociaux, 1 500 logements étudiants, 10 hectares d’espaces verts, 745 000 m² de bureaux, 405 000 m² d’activités et de commerces, et 720 000 m² d’équipements publics.
La phase actuelle est moins spectaculaire, mais elle est décisive. Les documents d’urbanisme prévoient des trottoirs larges, des parcours cyclables, des commerces tournés vers l’allée Paris-Ivry, le boulevard du général Jean-Simon et la porte de Vitry, ainsi que trois espaces verts publics, dont deux en pleine terre. Dans le secteur de projet Allée Paris-Ivry, les espaces libres ne doivent pas représenter moins de 55% de la surface. C’est le genre de chiffre qui paraît technique, mais qui change la vie quotidienne: plus de place pour marcher, attendre, traverser, respirer, accéder aux commerces ou rejoindre les transports.
Bruneseau a aussi changé de cap. La Cour des comptes rappelle que le projet initial prévoyait 450 000 m² de surface de plancher autour de l’allée Paris-Ivry, avec plusieurs immeubles de grande hauteur après les tours Duo. La constructibilité a depuis été revue à la baisse: moins de hauteur, pas de construction au-dessus du périphérique, et le maintien de l’allée Paris-Ivry comme lieu de vie et d’animation urbaine. C’est une correction importante: le quartier ne se fera pas seulement par densité, mais par qualité d’usage.
Ces marchés parlent aussi aux entreprises. Travaux publics, paysage, éclairage, réseaux, signalisation: la commande publique donne ici un signal très lisible sur les chantiers à venir. Le marché David Bowie prévoit une clause d’insertion sociale pour les trois lots. À l’échelle nationale, ce n’est pas anecdotique: en France, la commande publique représente environ 8% du produit intérieur brut et plus d’un quart de la dépense publique; dans l’Union européenne, elle atteint environ 14% du PIB.
Il ne faut pas confondre appel d’offres et démarrage immédiat des travaux. Il faudra attribuer les marchés, coordonner les interventions, gérer les nuisances et tenir les calendriers. Mais le signal est clair: dans le sud-est parisien, Paris Rive Gauche entre dans une phase de finition urbaine. Moins visible qu’une tour, plus utile au quotidien: les rues, les allées et les placettes qui permettront au quartier de fonctionner vraiment.