Depuis début avril, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris met en avant plusieurs techniques qui changent moins le décor de l’hôpital que le parcours des patients: moins d’incisions, des diagnostics plus sûrs, des décisions plus rapides. À la Pitié-Salpêtrière, cela passe par des ultrasons focalisés contre certains tremblements invalidants et par un robot chirurgical à incision unique. À Saint-Louis, par une unité de diagnostic rapide en dermatologie et par un nouveau test PCR contre l’aspergillose invasive, une infection fongique grave chez des patients fragiles.
Le cas le plus spectaculaire est celui des ultrasons focalisés de haute intensité. La Pitié-Salpêtrière est, selon l’AP-HP, le premier établissement français doté d’un équipement pleinement opérationnel pour cette prise en charge. Le traitement se fait sans incision, sous contrôle par imagerie par résonance magnétique, après un parcours préparatoire associant scanner, IRM, neurologie, neurochirurgie et anesthésie. L’intervention dure environ trois heures. Pour les patients dont les médicaments ne suffisent plus, le progrès est concret: agir sur une zone cérébrale précise sans ouvrir le crâne. L’accès restera toutefois très ciblé: tous les tremblements ne relèvent pas de ce geste.
Le robot Da Vinci Single Port installé à la Pitié-Salpêtrière pose la même question au bloc opératoire. Il permet d’opérer par une seule incision, d’abord en urologie et en gynécologie. C’est le quatrième robot du site, et deux autres équipements du même type doivent être déployés à Lariboisière et à l’Hôpital européen Georges-Pompidou. Le point important n’est pas le prestige de la machine. C’est l’évaluation annoncée: comparer cette chirurgie aux autres approches, mesurer le bénéfice clinique, l’impact sur l’organisation et le coût réel. C’est le bon test pour éviter un achat de réputation.
À Saint-Louis, l’annonce est moins visible, mais elle parle à beaucoup de patients. La nouvelle unité de diagnostic rapide en dermatologie vise une réponse en moins de 15 jours pour des maladies complexes, inflammatoires ou auto-immunes. Dans certains cas, une journée d’hôpital de jour doit permettre de regrouper examens, avis spécialisés et proposition de traitement. Le contexte rend cette organisation utile: selon le Syndicat national des dermatologues-vénéréologues, la France comptait 2 828 dermatologues en 2024, soit 3,26 pour 100 000 habitants, alors que près de 100 000 cancers de la peau sont détectés chaque année. Une étude Ifop pour Sanofi chiffrait aussi le délai moyen de rendez-vous chez un dermatologue à 104 jours en 2023, contre 41 jours en 2012.
Le nouveau test PCR pour l’aspergillose invasive va dans le même sens: la technique utile n’est pas toujours celle que l’on voit. L’étude mise en avant par l’AP-HP porte sur 120 patients et 223 échantillons de plasma. Le test a montré une meilleure détection que les tests de référence dans le suivi des patients positifs, avec 75 % contre 46,2 % au diagnostic dans les résultats cités. Il doit être intégré en routine au laboratoire de parasitologie-mycologie de Saint-Louis. Pour des patients immunodéprimés, gagner en fiabilité peut changer le moment où l’on traite et la manière dont on surveille l’infection.
Ces annonces disent aussi quelque chose de très parisien. L’AP-HP compte 38 hôpitaux, 100 000 professionnels et 8 millions de patients accueillis chaque année. Paris concentre donc des équipes capables de transformer une technique rare en parcours organisé, avec des médecins, des laboratoires, des blocs opératoires et des services d’imagerie sur le même réseau hospitalier. C’est un avantage, à condition que les critères d’accès soient lisibles, que la médecine de ville sache vers qui orienter, et que les équipes aient les créneaux nécessaires.
La contrainte financière reste là. L’AP-HP a terminé 2024 avec un déficit de 461 millions d’euros. Elle rappelle aussi avoir perdu environ 2 200 infirmiers entre mai 2019 et mai 2023, soit près de 12 % des effectifs concernés. Depuis, la trajectoire s’améliore: l’établissement dit avoir rouvert près de 1 000 lits, prévoit 880 équivalents temps plein soignants supplémentaires en 2026, et dit être en passe de retrouver le niveau de ses effectifs infirmiers de 2019 d’ici l’été 2026. C’est précisément dans ce contexte que ces nouvelles techniques doivent faire leurs preuves: pas dans les communiqués, mais dans les délais, les indications, les résultats et la capacité à traiter les bons patients plus vite.