Care Forward, lancé à STATION F par l’Hôtel-Dieu AP-HP, Doctolib et Roche, part d’un constat simple : en santé, le blocage n’est pas seulement l’idée, mais l’entrée dans le soin. Le programme cible des start-up européennes, de l’amorçage aux sociétés plus avancées, dans le numérique, l’intelligence artificielle, les objets connectés ou les services. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 15 mai. L’enjeu n’est pas d’ajouter un incubateur de plus, mais d’aider des outils déjà prometteurs à être testés, validés et déployés dans des conditions cliniques réelles.
Les rôles sont clairs. L’AP-HP ouvre l’accès à ses tiers-lieux d’expérimentation et, derrière eux, aux équipes et aux environnements de ses 38 hôpitaux. Doctolib apporte un sujet très concret : l’intégration dans le travail quotidien des soignants et le déploiement à l’échelle européenne. Roche se place sur le terrain réglementaire et sur la démonstration de la valeur médico-économique, autrement dit la preuve qu’une solution n’est pas seulement séduisante, mais utile, adoptable et finançable. Avec 100 000 professionnels et plus de 8 millions de patients pris en charge par an, l’AP-HP apporte surtout ce que beaucoup de start-up peinent à obtenir : un vrai terrain.
Le lancement raconte aussi quelque chose de Paris. STATION F met en avant plus de 1 000 start-up sur son campus, plus de 30 programmes et plus de 600 investisseurs. À l’Hôtel-Dieu, le tiers-lieu d’expérimentation créé en 2021 accompagne déjà plus de 25 projets dans plus de 15 hôpitaux, et le site accueille plus de 30 start-up de la medtech, de la biotech et de la santé numérique. Ce maillage entre hôpital, campus, grands groupes et investisseurs n’est pas un décor. C’est un raccourci. Reuters rappelait l’an dernier, sur données Dealroom, que la valeur créée par les start-up parisiennes avait été multipliée par 5,3 entre 2017 et 2024, contre 4,2 à Londres.
Care Forward arrive dans une filière qui grossit mais qui bute encore sur des obstacles très terre à terre. Le Panorama France HealthTech 2026 décrit un écosystème de près de 2 800 entreprises innovantes et environ 80 000 emplois directs. Il décrit aussi un environnement plus rude, avec un ralentissement des financements, un chiffre d’affaires moyen tombé à 5,1 millions d’euros en 2024 contre 6,6 millions en 2023, et une demande insistante des entrepreneurs sur trois points : financement, accès au marché, simplification réglementaire. Bpifrance dit avoir déployé 2,5 milliards d’euros dans la santé en 2025, dont 1 milliard pour l’innovation. De son côté, la stratégie France 2030 pour la santé numérique assume une ligne nette : faire émerger des solutions avec une vraie valeur médicale et économique, capables de prendre place sur un marché mondial.
Reste la vraie question. Ce type de programme peut rapprocher des fondateurs, des médecins et des acheteurs. Il peut aussi produire surtout de belles démonstrations sans suite. Le cadre, lui, se resserre déjà. En mars, la Commission nationale de l’informatique et des libertés et la Haute Autorité de santé ont lancé un travail commun pour renforcer les bonnes pratiques autour des outils numériques et de l’intelligence artificielle dans les soins, avec des sujets très concrets derrière les grands mots : protection des données, sécurité, droits des patients, qualité des pratiques. Le test de Care Forward sera donc simple à lire : est-ce que ces start-up passent du prototype au service réellement utilisé ? Si oui, Paris aura trouvé mieux qu’un bon décor pour la healthtech. Un passage plus direct vers le soin.