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À l’AP-HP, Paris choisit un retour à l’équilibre plus lent pour préserver lits, recrutements et investissements

L’AP-HP repousse son retour à l’équilibre à 2030 pour continuer à rouvrir des lits, recruter et investir, avec un effet direct sur l’hôpital public parisien.

Illustration - hôpital parisien et finances

À l’AP-HP, le choix n’est pas de remettre les comptes d’équerre au plus vite. Le conseil de surveillance, désormais présidé par Emmanuel Grégoire, a adopté un plan 2026-2030 qui maintient l’offre de soins, les investissements et repousse le retour à l’équilibre à 2030. En clair, Paris accepte un redressement plus lent pour éviter un nouveau coup de frein sur les lits et les équipes.

Ce n’est pas une affaire de couloir administratif. L’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, c’est 38 hôpitaux, 18 600 lits, plus de 8 millions de prises en charge par an et près de 100 000 professionnels. C’est aussi le premier employeur d’Île-de-France. Quand une telle machine change de cap, cela finit par se voir dans les urgences, les maternités, les blocs, les délais et les conditions de travail.

Le contenu du plan est plus parlant que la nomination. L’AP-HP explique qu’en 2024, 149 millions d’euros de hausses salariales nationales et d’effets de l’inflation n’ont pas été compensés, ce qui a poussé le déficit à 461 millions d’euros. En 2025, ce déficit serait ramené à 372 millions. Entre-temps, plus de 1 000 lits ont déjà été rouverts depuis le point bas. Le nouveau programme ajoute encore 350 lits d’ici 2027 en médecine, chirurgie et obstétrique, 175 lits par an en soins médicaux et de réadaptation, environ 1 000 postes paramédicaux supplémentaires par an en 2026 et 2027, puis 540 par an ensuite. Il maintient aussi 3,9 milliards d’euros d’investissements sur cinq ans, dont environ 2 milliards pour les grands projets et 1,5 milliard pour remettre à niveau bâtiments et équipements.

Il faut toutefois garder la bonne mesure du pouvoir en jeu. Le conseil de surveillance ne gère pas les hôpitaux au quotidien. Il se prononce sur la stratégie, contrôle la gestion, suit le budget et le programme d’investissement, tandis que le directeur exécute les décisions. La mairie de Paris ne prend donc pas la main sur chaque service, mais elle s’installe bien au centre des arbitrages sur la direction prise par le plus grand ensemble hospitalier du pays.

Ce choix parisien s’inscrit dans une crise bien plus large. D’après la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, le déficit des hôpitaux publics a atteint 2,4 milliards d’euros en 2023 puis entre 2,7 et 2,9 milliards en 2024, un niveau inédit depuis le début des observations. L’effort d’investissement a même commencé à reculer en 2024. Dans ce contexte, la ligne retenue à l’AP-HP est nette: garder des lits, des recrutements et des travaux, quitte à accepter davantage de tension financière à court terme. Pour Paris, c’est sans doute le vrai changement du moment.