À Paris, prévenir les impayés commence parfois avant la dette. Cela commence quand une aide n’est pas demandée, pas renouvelée ou abandonnée devant les démarches. C’est l’idée de “Vos droits en direct”, que Paris Habitat déploie avec la Ville de Paris: des permanences au pied des résidences pour vérifier, avec les locataires, les droits qui peuvent être ouverts tout de suite. Le dispositif s’inscrit dans l’expérimentation nationale “Territoires zéro non-recours”, lancée sur 39 territoires, et a d’abord été déployé dans des quartiers des 10e, 11e, 13e, 19e et 20e arrondissements, soit près de 25 000 locataires et plus de 10 400 logements pour Paris Habitat.
Le principe est simple: aller vers les ménages, parfois en porte-à-porte, les aider à rassembler les pièces puis passer en revue, sur place, ce qu’ils peuvent toucher. Cela peut concerner les aides au logement, des aides facultatives de la Ville, certaines prestations à domicile ou la complémentaire santé solidaire. Paris Habitat vise d’abord les seniors, les personnes isolées et les familles monoparentales, autrement dit les publics chez qui un papier manquant ou un rendez-vous raté peut vite finir en dette.
Ce n’est pas marginal. Paris Habitat gère 128 698 logements et loge 285 587 habitants. Plus d’un habitant sur cinq y a plus de 65 ans, et 34 % des ménages locataires bénéficient déjà d’une aide au logement. À cette échelle, le non-recours n’est pas un problème administratif abstrait. C’est un risque direct pour le budget d’un ménage, donc pour sa capacité à tenir dans son logement.
Le sujet dépasse largement Paris. La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques estime que le non-recours atteint 34 % pour le revenu de solidarité active et 50 % pour le minimum vieillesse des personnes seules. Quand les Français expliquent pourquoi des droits ne sont pas demandés, 37 % citent d’abord le manque d’information et 22 % des démarches trop complexes. Autrement dit, le problème n’est pas seulement la pauvreté. C’est aussi le dernier kilomètre administratif.
Et sur ce terrain, l’accompagnement humain change réellement quelque chose. Une évaluation nationale des rendez-vous des droits des caisses d’allocations familiales montre qu’après plus de 25 000 invitations et près de 5 500 rendez-vous, le fait d’être invité augmente de 1,8 point l’ouverture de nouveaux droits dans les six mois. L’étude montre aussi que les rendez-vous téléphoniques attirent davantage que le présentiel et restent efficaces. Le point clé est là: ce qui marche, ce n’est pas une information de plus, c’est une démarche aidée.
C’est aussi ce que dit l’évolution du bailleur social lui-même. Dans son rapport 2024, Paris Habitat recense 150 temps d’échange “En direct” au pied des immeubles, 6 287 plans d’apurement encore en cours fin décembre et 11 552 ouverts dans l’année. Le logement social parisien ne se limite plus à gérer un parc et encaisser des loyers. Il devient aussi un point d’appui pour empêcher qu’un droit raté se transforme en dette. Si “Vos droits en direct” tient cette promesse de proximité, c’est là que son utilité sera jugée.