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Dans le parc social parisien, la géothermie sans forage commence à trouver sa place

Paris Habitat teste dans le 11e arrondissement des panneaux géothermiques sans forage pour produire une part de l’eau chaude d’une résidence.

Immeuble avec géothermie en sous-sol

Dans le parc social parisien, la géothermie sans forage commence à trouver sa place

Au 53 avenue Philippe-Auguste, dans le 11e arrondissement, Paris Habitat a fait poser 145 panneaux géothermiques sur les parois du parking souterrain d’une résidence de 72 logements. Reliés à une pompe à chaleur de 25 kW, ils doivent produire 70 MWh par an, soit environ un quart des besoins d’eau chaude de l’immeuble. Paris Habitat, Engie Solutions et sa filiale CIEC présentent l’opération, inaugurée fin février 2025, comme une première en France. Le chantier a duré trois mois et le budget annoncé est de 100 000 euros.

L’intérêt du projet n’est pas le mot “première”. Il est dans le problème qu’il essaie de résoudre. À Paris, 40 % du bâti reste chauffé au gaz ou au fioul. Le grand réseau de chaleur reste l’outil principal de décarbonation, mais il ne peut pas tout absorber. C’est pour les bâtiments qui ne peuvent pas facilement s’y raccorder que la Ville a lancé en 2025 un Contrat chaleur renouvelable de 2,7 millions d’euros sur quatre ans, avec 30 projets visés et 7,5 GWh de chaleur renouvelable attendus. La résidence du 11e montre à quoi peut ressembler ce “deuxième front” de la transition thermique parisienne.

La technologie, elle, est assez simple à raconter. Au lieu de percer le sol, on utilise des surfaces déjà creusées, ici les murs d’un parking en contact avec la terre. Les panneaux récupèrent une chaleur diffuse dans l’environnement souterrain, puis une pompe à chaleur l’élève à un niveau utile pour produire de l’eau chaude, et selon les cas du chauffage ou du rafraîchissement. Le gain est clair dans une ville dense comme Paris, où le forage peut vite devenir compliqué. La limite l’est aussi: il faut un sous-sol exploitable, des parois adaptées et assez de surface disponible. Autrement dit, ce n’est pas une solution universelle pour tout le parc parisien. C’est une solution de niche potentiellement utile, ce qui est déjà beaucoup.

Le logement social sert ici de terrain d’essai. Paris Habitat indique que 25 % des consommations énergétiques de son parc chauffé collectivement proviennent déjà d’énergies renouvelables ou de récupération. L’office a 230 groupes résidentiels, représentant près de 40 000 logements, déjà raccordés à un réseau de chaleur. Il a aussi déployé 69 installations solaires thermiques et 9 pompes à chaleur air-eau. La géothermie murale n’arrive donc pas dans un désert technique. Elle s’ajoute à une stratégie de diversification, avec un avantage précis: elle peut s’insérer dans l’existant sans ouvrir un grand chantier souterrain.

Ce type de système ne sort pas non plus de nulle part à l’échelle internationale. Enerdrape, la société suisse à l’origine des panneaux, met en avant une installation de 72 panneaux à Lancy, pour 25 MWh de chaleur par an, et le projet parisien parmi ses références de déploiement. Cela ne suffit pas à prouver une généralisation rapide. Mais cela suffit à montrer qu’on n’est plus devant un simple effet d’annonce. Dans un pays où les besoins de chaleur représentent encore 43 % de la consommation d’énergie et restent majoritairement couverts par des énergies fossiles, chaque solution capable de réduire un peu cette dépendance sans chantier complexe mérite d’être regardée sérieusement. À Paris, la vraie question n’est plus de savoir si cette technologie est photogénique. C’est de savoir dans combien d’immeubles elle peut vraiment être reproduite.