Article

À Paris XV, le centre de tri change de mode de pilotage

Le centre de tri du 15e doit basculer vers une SemOp en 2026. Enjeu: mieux piloter un site clé du bac jaune parisien, dans un système de tri sous tension.

Centre de tri parisien

Le dossier n’est plus théorique. Le Syctom a inscrit une “Semop 15” dans son budget 2026, après avoir lancé en 2024 la consultation pour exploiter le centre de tri du 62 rue Henry-Farman sous cette forme. Le marché portait sur six ans d’exploitation, pour 40,5 millions d’euros hors taxe, avec un démarrage prévu au plus tard le 1er mai 2026. On ne parle donc pas d’un simple renouvellement de contrat, mais d’un changement de gouvernance pour un outil qui compte dans la mécanique quotidienne du tri parisien.

Le site du 15e n’est pas un équipement secondaire. C’est le premier centre de tri installé dans Paris intra-muros. Mis en service en 2011 puis modernisé en 2019, il reçoit les emballages et papiers de 740 000 habitants du sud-ouest parisien et de Vallée Sud-Grand Paris. Sa capacité est de 31 500 tonnes par an. Dans une métropole dense, où l’on manque vite de foncier et où chaque détour logistique se paie, ce genre d’installation décide en pratique de ce que devient vraiment le contenu du bac jaune.

La nouveauté, c’est le choix de la SemOp, une société créée pour une seule mission, avec un opérateur privé sélectionné par mise en concurrence et une présence directe de la collectivité dans la gouvernance. Le Syctom dit clairement pourquoi il pousse ce modèle : s’impliquer davantage dans l’exploitation de ses sites, mieux connaître les coûts et garder un pilotage plus serré. Le mouvement a déjà commencé à Sevran depuis 2023, puis à Saint-Ouen et à Romainville-Bobigny. Paris XV s’inscrit dans cette série.

Ce virage arrive au moment où le système de tri est sous tension. Dans son budget 2026, le Syctom prévoit 6,5 millions d’euros de dépenses supplémentaires sur les collectes sélectives, notamment à cause du renouvellement du marché de Paris 15 et du recours accru à des capacités de tri extérieures. Les volumes envoyés hors de ses propres installations passeraient de 27 000 à 72 000 tonnes, avec un coût moyen qui grimpe de 239 à 265 euros la tonne. Le message est simple : les habitants trient davantage, mais derrière il faut des lignes disponibles, fiables et tenables financièrement.

L’autre bataille, c’est la qualité. Le Syctom indique qu’environ 25 % des tonnages entrants dans ses centres ne peuvent pas être recyclés comme matière, principalement à cause d’erreurs de tri. À l’échelle nationale, l’Agence de la transition écologique estime encore que 27 % de la poubelle grise devrait aller dans le bac jaune ou dans une autre collecte séparée. Et même si le recyclage progresse, Citeo le situe à 69 % pour les emballages ménagers en 2024. Le sujet de Paris XV est là. Pas dans la beauté d’un montage juridique, mais dans une question très concrète : est-ce que l’outil industriel, le contrat et le contrôle public suivent enfin le rythme du tri réel.