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À Paris, le logement social assume de plus en plus une fonction d’accueil pour les publics fragiles

À Paris, pensions de famille, habitat inclusif et résidences intergénérationnelles montrent un logement social de plus en plus tourné vers les publics fragiles.

Illustration - logement social adapté à Paris

À Paris, le logement social ne sert plus seulement à loger des ménages sur liste d’attente. On lui demande aussi de faire tenir la ville pour des publics plus fragiles : personnes sorties de la rue, seniors isolés, habitants dont l’autonomie baisse. Le glissement apparaît nettement chez Paris Habitat, alors que la pression reste entière : Paris compte 271 906 logements sociaux, mais 292 000 ménages demandent toujours un logement social.

Les opérations récentes vont toutes dans ce sens, mais pas sur le même registre. Dans le 14e, la Maison grecque a été transformée en pension de famille de 5 logements, en prolongement d’une structure attenante de 17 logements déjà gérée sur place. Dans le 12e, la résidence intergénérationnelle Charenton Meuniers a ouvert avec 87 logements sociaux, dont 48 pour des seniors autonomes et 39 pour des jeunes actifs. Dans le 18e, deux nouvelles pensions de famille doivent suivre, avec 28 logements Villa des Tulipes et 25 rue du Roi d’Alger. Et dans le 13e, à Porte de Vitry, un habitat inclusif a été lancé pour 14 seniors, avec un dispositif voisin qui fait aussi intervenir 5 étudiants logés sur site en échange de temps donné aux habitants âgés.

Le premier mouvement est celui des pensions de famille. Ce format n’est ni de l’hébergement d’urgence, ni du logement ordinaire. C’est un petit logement durable, avec des espaces communs et une présence humaine stable. À Paris, l’État recensait au premier trimestre 2024 un total de 70 pensions de famille et résidences accueil, soit 1 574 logements, avec un taux d’occupation de 90 %, et même 96 % hors logements doubles. À l’échelle nationale, le dispositif comptait 25 122 places fin 2024, dans plus de 1 000 structures, avec un objectif public de 10 000 places supplémentaires d’ici 2027. Autrement dit, ce que pousse Paris Habitat s’inscrit dans un mouvement bien plus large.

Le second mouvement est celui du vieillissement. Paris compte déjà près de 369 000 habitants de 65 ans ou plus, et les projections dépassent 445 000 seniors à l’horizon 2040. Chez Paris Habitat, 38 % des logements sont occupés par au moins un locataire de plus de 65 ans. Cela change la question posée au parc social : il ne s’agit plus seulement d’attribuer un logement, mais de permettre d’y rester sans s’isoler. C’est le rôle de l’habitat inclusif, où chacun garde son logement mais partage des temps, des services et un cadre commun. Depuis 2022, la Ville de Paris a retenu huit projets de ce type pour des seniors, avec près de 390 000 euros d’aide à la vie partagée, qui finance l’animation du projet collectif plutôt que les murs.

Le point politique est là. Dans une ville où chaque mètre carré est disputé, consacrer une partie du parc social à des logements plus accompagnés revient à faire un choix d’usage. On loge moins “en série” et davantage en fonction de situations concrètes : sortir durablement de la rue, retarder l’entrée en établissement, éviter qu’un locataire âgé finisse seul dans un logement devenu inadapté. Cela ne fera pas disparaître la file d’attente. Mais cela dit clairement à quoi sert aussi le logement social parisien aujourd’hui : pas seulement à distribuer des clés, aussi à éviter que des habitants fragiles décrochent tout à fait.