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Conseil de Paris du 14 avril : le mandat Grégoire choisit ses premiers fronts

Protection des enfants, logements vides, sans-abrisme, Parc des Princes : le premier grand Conseil du mandat fixe déjà une hiérarchie politique.

Conseil de Paris et priorités

Le 14 avril, le nouveau pouvoir parisien arrête de s’installer et commence à choisir. L’ordre du jour du premier grand Conseil du mandat aligne quatre dossiers qui valent déjà ligne politique : la protection des enfants à l’école, la lutte contre la spéculation et les logements inoccupés, le plan “Zéro enfant à la rue” et l’avenir du Parc des Princes. Rien de décoratif là-dedans. La majorité dit d’emblée qu’elle veut être jugée sur la solidité des services, le logement, l’urgence sociale et un grand dossier foncier, pas sur une simple mise en place.

Le premier bloc est le plus dur. Paris arrive devant ses élus avec un chiffre qui interdit toute langue de bois : 78 agents suspendus au premier trimestre 2026, dont 31 pour des suspicions de violences sexuelles, sur environ 20 000 agents du périscolaire. La réponse annoncée suit la même logique de choc : suspension immédiate en cas de signalement, cellule dédiée, information des familles, traçabilité renforcée, audit indépendant, formation obligatoire et refonte des pratiques. Le message politique est clair. Le mandat ne commence pas par un slogan neuf. Il commence par la remise en état d’un service public qui a laissé se dégrader la confiance la plus élémentaire, celle des parents.

Le logement vient juste après, et ce n’est pas un hasard. À Paris, près d’un logement sur cinq était inoccupé en 2020, soit 262 000 logements selon l’Atelier parisien d’urbanisme. À l’échelle du pays, l’Insee comptait 3,0 millions de logements vacants au 1er janvier 2025. Et à l’échelle européenne, les prix des logements ont grimpé bien plus vite que les loyers sur la dernière décennie. Le débat parisien sur les logements vides et la brigade de protection du logement raconte donc plus qu’une querelle locale contre quelques abus. Il dit une chose plus rude : dans les métropoles attractives, le logement rapporte de plus en plus comme actif et fonctionne de moins en moins comme condition normale pour vivre, travailler et rester.

Le troisième dossier ramène le Conseil à l’obligation la plus simple et la plus mal tenue. Le droit français prévoit que toute personne sans abri en situation de détresse doit pouvoir accéder à tout moment à un hébergement d’urgence. Pourtant, la communication soumise au Conseil parle encore de près de 4 000 personnes sans solution d’hébergement à Paris après la dernière Nuit de la Solidarité. La Ville affirme que l’État mobilise environ 46 000 places pour le public parisien, mais elle juge l’effort insuffisant et met en avant sa propre montée en charge : 92 centres d’urgence ou services de veille sociale ouverts sur du foncier municipal, 4 500 personnes déjà mises à l’abri par elle au 24 mars 2026, et un plan “4000 places” censé pousser encore plus loin la capacité d’accueil. Le sujet n’est donc pas seulement humanitaire. Il est aussi institutionnel : quand l’urgence devient permanente, la vraie question est de savoir qui, en France, assume encore le minimum vital.

Même le Parc des Princes, en fin de séance, suit la même logique de reprise en main. La communication municipale part d’un constat simple : le stade, aujourd’hui d’environ 48 000 places, doit être modernisé, et le cadre juridique actuel ne permet pas au club de se projeter durablement. La Ville dit donc vouloir rouvrir les discussions avec le Paris Saint-Germain en explorant plusieurs solutions, y compris une vente ou un bail de très longue durée, avec une clause garantissant un usage principalement sportif. Mais elle essaie surtout de déplacer le débat. Le Parc n’est plus présenté comme un simple bras de fer avec un club. Il devient un sujet de quartier, d’espace public, de liaison avec Boulogne-Billancourt et de réinvestissement des recettes éventuelles dans le sport de proximité, les équipements et les espaces verts. Autrement dit, un dossier de pouvoir local bien plus qu’un dossier de communication sportive.

Ce premier grand Conseil ne règle rien, évidemment. Mais il fixe une méthode. Le mandat Grégoire choisit d’ouvrir sur quatre terrains où la ville est attendue au tournant : protéger les enfants, freiner la sortie du logement hors de l’usage ordinaire, empêcher que la rue devienne une solution tolérée, et négocier les grands actifs parisiens sans laisser les autres écrire seuls les règles. C’est plus concret que lyrique, et plus risqué aussi. Au moins, la ligne apparaît enfin.