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À Paris, les ateliers se gagnent désormais à l’appel à candidatures

La cité artisanale des Taillandiers cherche un nouvel occupant. Derrière ce petit lot du 11e, c’est la bataille pour les locaux productifs à Paris qui apparaît.

Illustration - atelier parisien en cour intérieure

La RIVP a rouvert les candidatures pour la cité artisanale des Taillandiers, dans le 11e arrondissement. Date limite: 17 mai. Entrée prévue: 1er septembre. Cette fois, l’offre porte sur un seul atelier, au premier étage, de 15,2 m². Le loyer affiché est de 222 euros par mètre carré et par an hors taxes et hors charges, avec 57,81 euros de charges annuelles par mètre carré. Le total mensuel annoncé atteint 368,40 euros hors taxes. Une visite groupée est prévue la semaine du 4 mai.

Le plus intéressant n’est pas la surface, mais la sélection. Pour obtenir ce local, il faut déposer un vrai dossier d’entreprise: identité du porteur de projet, comptes, prévisionnel sur trois ans, description détaillée de l’activité, emplois existants ou à créer. Les critères affichés regardent le savoir-faire, la fabrication sur place, la contribution au “Fabriquer à Paris”, l’ancrage local et la solidité financière. Une priorité est donnée aux activités qui ont réellement besoin d’extraction, de ventilation renforcée ou d’une forte charge au sol. La décision doit être prise par une commission réunissant la RIVP, la mairie du 11e, l’adjointe parisienne chargée du commerce et la Direction de l’attractivité et de l’emploi. Même pour 15 mètres carrés, Paris ne loue plus seulement un atelier. Elle sélectionne un usage.

Ce n’est pas un détail de gestion. Le site des Taillandiers a été acquis par la Ville en 2004 pour préserver sa vocation artisanale et patrimoniale. Il bénéficie d’une double protection dans le plan local d’urbanisme, pour empêcher la disparition des surfaces artisanales et pour protéger le bâtiment lui-même. La réhabilitation a été pensée autour d’un potentiel de 25 lots. Plus largement, le plan local d’urbanisme bioclimatique ajoute 865 mètres de protections artisanales aux 25 kilomètres déjà protégés à Paris. Le message est net: dans la capitale, les mètres carrés productifs sont devenus une ressource à défendre.

Le cas Taillandiers dépasse donc largement le Faubourg Saint-Antoine. Paris Commerces rappelle que les bailleurs publics et leurs filiales représentent plus de 7 000 locaux en pied d’immeuble, soit plus de 10 % des commerces parisiens, et que le groupement en reloue 250 à 300 par an. En 2025, 253 locaux ont été reloués, dont 60 % pour des activités commerciales ou artisanales. Le vrai sujet est là. À Paris, créer une activité reste possible. Trouver un endroit où l’on peut vraiment fabriquer, réparer, stocker ou transformer devient beaucoup plus dur. L’accès au local ne relève plus seulement du marché. Il passe de plus en plus par un tri public sur les usages jugés utiles, viables et compatibles avec la ville dense.