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À Paris, la culture publique n’achète pas seulement des œuvres

Scénographie, sécurité, publicité, diffusion numérique: plusieurs marchés récents montrent sur quels métiers concrets repose aussi l’économie culturelle parisienne.

Illustration - coulisses techniques et numériques de la culture publique

À Paris, la culture publique n’achète pas seulement des œuvres, des expositions ou des programmes. Elle achète tout ce qui permet à ces choses d’exister pour de bon : de la scénographie, de la sécurité, de la publicité, des outils numériques, de la diffusion. Les avis publiés début avril le montrent nettement. Universcience commande l’agencement de son exposition « Magie ». Le musée de l’Armée cherche une stratégie webmarketing. Les Beaux-Arts remettent en concurrence la maintenance incendie de leurs bâtiments. Le Centre national du cinéma veut une solution pour stocker et envoyer des éléments numériques aux salles. LCP et Public Sénat cherchent une régie publicitaire. La culture parisienne ne tourne donc pas seulement avec des artistes, des conservateurs et des programmateurs. Elle repose aussi sur tout un tissu de prestataires très concrets.

C’est ce qui rend ce petit faisceau d’avis plus intéressant qu’un simple relevé de marchés. La Métropole du Grand Paris concentre à elle seule 273 000 emplois culturels, soit 37 % du total national. Dans cet ensemble, le cinéma et l’audiovisuel sont particulièrement prépondérants. Quand plusieurs grands établissements parisiens cherchent en même temps des monteurs d’expositions, des spécialistes du marketing, des opérateurs techniques ou des solutions de circulation numérique, ils montrent où se trouve une part très réelle du travail culturel parisien : en arrière-plan, mais au cœur de la machine.

Le mouvement dépasse d’ailleurs largement Paris. En 2024, les industries culturelles et créatives ont dépassé 100 milliards d’euros de chiffre d’affaires en France et 586 000 emplois directs. La culture reste une affaire de lieux, d’œuvres et de publics. Mais son économie quotidienne dépend de plus en plus de métiers extérieurs aux institutions elles-mêmes : faire venir des visiteurs, tenir un bâtiment ouvert, sécuriser une installation, faire circuler un film, prolonger une programmation sur les écrans. Ce n’est pas un décor technique autour de la culture. C’en est désormais une part du nerf.

Pour les petites structures, la fenêtre existe, mais elle n’est pas immense. En 2024, 60 % des marchés publics ont bien été attribués à des petites et moyennes entreprises, mais cela ne représentait qu’un quart des montants. Tout se joue donc dans la forme concrète des consultations. Un marché découpé, comme les cinq lots d’Universcience, laisse davantage d’air qu’un bloc plus massif. Le signal, lui, est limpide : dans la culture parisienne, l’argent ne part pas seulement vers ce que le public voit. Il part aussi vers tout ce qui permet au public de le voir.