Le premier Conseil de Paris du mandat Grégoire n’a pas accouché d’une grande annonce sur le logement, la propreté ou les transports. Il a fait autre chose, plus sobre mais plus révélateur. Il a installé la machine qui gouvernera Paris. Le 29 mars, Emmanuel Grégoire a été élu maire avec 103 voix sur 163. Dans la foulée, le Conseil a fixé le nombre d’adjoints à 36, les a élus, a accordé au maire une série de pouvoirs délégués et a validé le cadre de rémunération des élus. En clair, Paris n’a pas encore changé de cap par une mesure spectaculaire. Mais le nouveau pouvoir s’est donné les moyens d’agir plus vite.
C’est moins anodin qu’il n’y paraît. À Paris, la première séance sert rarement à transformer la vie quotidienne en quelques heures. Elle sert à décider qui aura la main sur les dossiers, qui arbitrera, qui pourra signer, engager, négocier, lancer. Dans une ville aussi complexe à piloter, cela compte immédiatement. Quand le Conseil laisse davantage de marge au maire sur certains contrats, emprunts, actes de gestion ou opérations courantes, il choisit jusqu’où l’exécutif pourra avancer sans repasser à chaque fois devant l’assemblée. L’opposition a tenté de réduire cette latitude. Elle a échoué. Premier signal: le nouveau maire veut de la vitesse, pas une majorité sous cloche.
Le plus intéressant est donc la carte des responsabilités. Elle dit déjà ce qui va peser dans les prochains mois. Lamia El Aaraje, première adjointe, cumule la coordination avec les arrondissements, les grands projets du mandat, la sécurité du quotidien et les relations avec la Métropole du Grand Paris. Anne-Claire Boux prend l’école et la petite enfance. Jacques Baudrier garde le logement, la rénovation thermique et la défense des locataires. Pierre Lombard hérite de la propreté. Dan Lert des transports et des mobilités. Alice Timsit du climat, de l’eau et de l’énergie. Thomas Chevandier de l’espace public et des chantiers.
Dit autrement, la hiérarchie est claire. Les urgences du mandat ne sont pas des sujets abstraits. Ce sont les enfants, les logements trop rares ou trop chers, les rues sales, les déplacements compliqués, les travaux omniprésents, la facture énergétique, l’adaptation climatique. Le décor politique a changé, mais les irritants quotidiens de Paris restent les mêmes. Le nouveau maire le sait. Son discours d’investiture l’a confirmé en plaçant le périscolaire, après les violences révélées ces derniers mois, tout en haut de la pile, avec le logement, le pouvoir d’achat, la santé mentale des jeunes, les commerces de proximité et la sécurité.
Le vrai sujet n’est donc pas de savoir si le premier Conseil a été spectaculaire. Il ne l’a pas été. Le vrai sujet est de voir ce qu’il révèle du style de gouvernement. Grégoire n’a pas commencé par promettre une rupture visible en quarante-huit heures. Il a commencé par distribuer le pouvoir, verrouiller son exécutif et afficher une ligne municipale nette: école, logement, propreté, transports, sécurité, climat.
La suite dira si cette organisation produit autre chose qu’un empilement de portefeuilles. Car c’est là que Paris jugera. Pas sur la photo du nouvel exécutif, mais sur la capacité à améliorer le quotidien dans une ville où tout se bloque vite, où tout coûte cher, et où chaque promesse se heurte à la machine réelle. Le premier acte du mandat n’a pas encore changé Paris. Il a montré, plus utilement, dans quel ordre le nouveau maire compte s’y attaquer.