Emmanuel Grégoire a été élu maire de Paris le 29 mars par 103 voix sur 163. Le même jour, le Conseil de Paris a installé un exécutif de 36 adjoints. Il ne prend donc pas la tête d’une majorité fragile, mais d’un bloc politique solide, dans une ville où les attentes sont déjà très hautes.
L’enjeu n’est pas seulement la succession d’Anne Hidalgo. Après vingt-cinq ans de pouvoir municipal de gauche, Paris entre dans une phase plus rude. La transformation de l’espace public, du logement ou des mobilités ne suffit plus à définir une majorité. Emmanuel Grégoire sera jugé plus directement sur la tenue de la ville, sur sa capacité à faire fonctionner les services et à fixer des priorités lisibles.
La composition du nouvel exécutif montre d’ailleurs où se situeront les premières pressions. Lamia El Aaraje devient première adjointe avec, notamment, la coordination avec les arrondissements, les grands projets, la sécurité du quotidien et le Grand Paris. Anne-Claire Boux prend les affaires scolaires et la petite enfance. Jacques Baudrier récupère le logement et l’encadrement des loyers. Johanne Kouassi les finances. Dan Lert les transports et les mobilités. Pierre Lombard la propreté. Alice Timsit le climat, l’eau et l’énergie. Les postes les plus exposés correspondent presque exactement aux sujets sur lesquels la Ville sera attendue.
Le premier test est déjà là: l’école et le périscolaire. Emmanuel Grégoire en a fait sa priorité immédiate, ce qui dit assez bien où la majorité voit son point de fragilité. À la fin de 2025, le budget voté par la Ville avait déjà prévu des renforts: 50 postes créés par résorption des vacations, 13 postes supplémentaires pour mieux contrôler le recrutement, 120 postes maintenus à la direction des affaires scolaires, 60 animateurs, 40 ASEM, 20 professeurs de la Ville de Paris, 250 000 euros pour la prévention des violences et 500 000 euros pour des aménagements améliorant la surveillance collective. Le sujet n’est plus d’annoncer, mais de produire un effet visible de reprise en main.
Le deuxième test sera celui du logement. Emmanuel Grégoire a promis 30 000 logements sociaux supplémentaires et 30 000 logements abordables. L’objectif est politiquement clair, mais il se heurte à une situation très tendue. Paris comptait 2 103 778 habitants au 1er janvier 2023, en baisse d’environ 14 000 habitants par an depuis 2017. Dans le même temps, près d’un logement sur cinq y est inoccupé, le parc social représente déjà plus de 23 % des résidences principales, et près de 290 000 ménages restent en attente. Le problème parisien est donc moins celui d’un manque simple que celui d’une ville de plus en plus difficile à habiter pour une partie de ses actifs et de ses familles.
Ce point dépasse d’ailleurs Paris. Dans la plupart des grandes métropoles attractives, le logement est redevenu une question de stabilité politique et sociale. Mais dans la capitale, la tension est plus visible parce qu’elle se joue dans un espace extrêmement dense, coûteux et surexposé. La question n’est plus seulement de construire. Elle est de savoir qui peut encore vivre durablement dans la ville.
Le troisième test sera budgétaire. Le budget 2026, adopté avant l’élection, donne au nouvel exécutif un cadre déjà très engagé: 800 millions d’euros d’épargne brute, plus de 1,6 milliard d’euros d’investissements prévus et 800 millions consacrés au logement. Emmanuel Grégoire ne démarre donc pas sur une page blanche. Il hérite d’une ville déjà engagée dans des dépenses importantes et dans des arbitrages difficiles.
C’est là que se jouera rapidement sa ligne. À Paris, tout semble prioritaire en même temps: logement, école, propreté, sécurité du quotidien, climat, mobilités, entretien des équipements. Un maire n’est pas seulement jugé sur ses intentions, mais sur l’ordre qu’il impose entre ces urgences concurrentes.
Emmanuel Grégoire dispose d’une majorité, d’un exécutif complet et d’un cadre budgétaire déjà posé. Il ne dispose pas d’un état de grâce. Son mandat commencera vraiment lorsqu’il faudra montrer, non plus que Paris peut encore se transformer, mais qu’elle peut être tenue.