
Au Fresnoy, à Tourcoing, les artistes utilisent l’intelligence artificielle pour fabriquer des images, mais aussi pour questionner son pouvoir. Mercredi 4 novembre, à 16 h, l’économiste Guillaume Chevillon vient prolonger cette réflexion lors d’une conférence gratuite intitulée « Algorithmes queers : perturber les technologies, imaginer nos futurs ».
Dans l’exposition Panorama 28, actuellement présentée au Fresnoy, l’artiste Gwenola Wagon imagine justement une drôle de lutte avec les machines. Dans son installation Les Yeux ouverts, une artiste rêve de retrouver les gestes libres de la peinture. Mais les intelligences artificielles animent ses formes, leur donnent une voix, puis semblent s’approprier tout ce qu’elle crée. Elle finit par recouvrir les formes de peinture, s’enfuir et chercher ailleurs des couleurs qui n’appartiennent à personne.

Une question surgit derrière cette fiction : que devient notre liberté quand les machines cherchent sans cesse à reconnaître, classer et prédire nos comportements ?
Et si l’erreur était une qualité ?
Professeur à l’ESSEC, Guillaume Chevillon travaille sur les méthodes de prévision et les interactions entre intelligence artificielle et comportements humains. Dans son essai Algorithmes queers, publié en avril 2026 aux éditions B42, il propose un renversement : plutôt que de toujours rendre les machines plus efficaces pour anticiper nos choix, pourquoi ne pas leur apprendre à laisser davantage de place à l’imprévu ?
Le mot « queer » renvoie aux réflexions issues des expériences des minorités sexuelles et de genre, qui contestent les catégories considérées comme naturelles ou immuables. Appliquée aux algorithmes, cette pensée invite à sortir des classifications rigides, à accepter l’ambiguïté et même l’erreur.
L’artiste britannique Jake Elwes en a exploré les possibilités. En 2019, il a ajouté un millier d’images de personnes pratiquant le drag ou présentant des expressions de genre diverses aux données d’entraînement d’une intelligence artificielle capable de générer des visages. Les visages générés à partir de ces nouvelles données se sont éloignés des représentations habituelles, devenant plus hybrides, plus difficiles à classer. En changeant les exemples fournis à la machine, l’artiste révélait les limites de ce qu’elle avait appris.
Des machines que l’on peut contrarier
La proposition de Chevillon ne concerne pas seulement les artistes ou les programmeurs. Ignorer les recommandations d’une plateforme, effacer son historique, chercher volontairement quelque chose d’inattendu : ces gestes peuvent perturber les prédictions construites à partir de nos habitudes. Il défend aussi des actions collectives et une autre conception des systèmes, moins attachée à enfermer chacun dans un profil.
Au Fresnoy, les étudiants expérimentent déjà l’IA comme outil, partenaire ou matière de création. En avril, l’école a aussi participé au festival Art & IA NOÛS, à la Bibliothèque nationale de France, avec des travaux mêlant art et intelligence artificielle.
Mercredi, cette discussion sort du cercle des artistes et des chercheurs. La conférence se tient de 16 h à 18 h, salle Cocteau, au Fresnoy, 22 rue du Fresnoy à Tourcoing. L’accès est libre. La visite de Panorama 28 est distincte et payante le mercredi : 4 € plein tarif, 3 € tarif réduit, avec des gratuités pour certains publics. On peut y retrouver Les Yeux ouverts, cette fiction où même les machines ne parviennent pas à faire taire la peinture.
Sources consultées
- Le Fresnoy – Studio nationalConférence « Algorithmes queers : perturber les technologies, imaginer nos futurs » de Guillaume Chevillon
- Le Fresnoy – Studio nationalGwenola Wagon – Les Yeux ouverts
- Le Fresnoy – Studio nationalPanorama 28 – Invisibles ?
- Éditions B42Algorithmes queers. Perturber les technologies, imaginer nos futurs
- Jake ElwesZizi – Queering the Dataset