
Depuis le 1er novembre, impossible d’allumer un feu dans une cheminée à foyer ouvert à Lille, Roubaix, Tourcoing ou dans les 92 autres communes de la Métropole européenne de Lille (MEL). Même pour le plaisir, même quelques fois par hiver. La préfecture interdit désormais leur utilisation, pas seulement comme chauffage principal ou d’appoint.
Les inserts, les foyers fermés et les poêles restent autorisés. La distinction tient à la manière dont le bois brûle : dans une cheminée ouverte, une grande partie de la chaleur s’échappe par le conduit, tandis que la combustion rejette beaucoup de particules fines.
De Lille au bassin minier, les logements émettent davantage de particules fines que la circulation
Selon le diagnostic du plan de protection de l’atmosphère (PPA) de Lille et du bassin minier, le secteur résidentiel représentait en 2018 62 % des émissions de PM2,5, ces particules suffisamment petites pour pénétrer profondément dans les poumons. Les transports routiers en représentaient 22 %.
Dans les logements, 93 % de ces émissions provenaient du chauffage. Et le bois représentait 59 % des particules fines liées à ce chauffage.
Ces chiffres concernent les 436 communes du PPA, un territoire plus vaste que la MEL, et l’ensemble des appareils de chauffage. Ils ne mesurent donc pas la contribution des seules cheminées ouvertes.
Mais ils expliquent pourquoi l’État s’intéresse aux fumées domestiques autant qu’aux échappements automobiles. Le bois ne représentait que 11 % de l’énergie consommée pour le chauffage résidentiel dans le périmètre étudié en 2018, tout en contribuant fortement aux émissions de particules fines.
La cheminée ouverte pousse cette disproportion à l’extrême. Selon la préfecture, elle ne restitue que 10 à 15 % de l’énergie du bois en chaleur utile, contre jusqu’à 90 % pour certains appareils modernes. À chaleur produite équivalente, un équipement récent, correctement installé et utilisé, peut émettre jusqu’à dix fois moins de particules fines.
L’interdiction doit contribuer à réduire de moitié, entre 2020 et 2030, les émissions de PM2,5 provenant du chauffage au bois dans les territoires couverts par un PPA.
Un feu moins polluant, mais plusieurs milliers d’euros à débourser
Pour remplacer une cheminée ouverte par un insert, il faut parfois débourser plusieurs milliers d’euros.
À Lambersart, un habitant interrogé par TF1 a dépensé 5 500 euros pour installer un insert, avec une aide de 1 000 euros de la métropole. Il apprécie désormais une chaleur plus régulière, mais l’investissement reste conséquent. Un installateur de Mouvaux témoigne d’ailleurs d’une forte hausse des demandes, avec des commandes jusqu’en mars.
La MEL propose une Prime Air de 1 000 à 2 850 euros selon les revenus, éventuellement majorée dans le cadre d’une rénovation globale. Les ménages modestes et très modestes peuvent la recevoir avant les travaux ; les ménages aux revenus intermédiaires ou supérieurs doivent avancer les frais. Plus de 3 300 anciens appareils ont déjà été remplacés grâce à ce dispositif entre 2021 et 2025, selon la métropole.
Le remplacement n’est toutefois pas obligatoire. Une cheminée ouverte peut rester en place si elle n’est plus utilisée. Lors de la vente d’un logement équipé d’un chauffage au bois, l’arrêté prévoit également un certificat de conformité dans le dossier de diagnostic technique.
Pour les propriétaires souhaitant conserver l’usage du bois, la demande de Prime Air doit être déposée avant toute commande ou signature de devis. Ils peuvent prendre rendez-vous avec un conseiller AMELIO pour constituer leur dossier.
Une consigne complique pourtant la démarche : parmi les justificatifs à fournir avant travaux, la MEL demande une photographie de l’ancien appareil avec un feu allumé, pour prouver qu’il était effectivement utilisé. Or, depuis le 1er novembre, prendre une nouvelle photo de ce type dans une cheminée ouverte reviendrait à enfreindre l’interdiction. La page officielle ne précise pas si un autre justificatif peut être accepté.
Pour un propriétaire lillois qui souhaite remplacer son foyer ouvert, mieux vaut donc commencer par contacter AMELIO. Et surtout, ne pas rallumer la cheminée pour compléter son dossier.
Sources consultées
- Préfecture du Nord et DREAL Hauts-de-FranceArrêté préfectoral du 8 août 2025 portant mise en œuvre de l'interdiction d'usage des appareils de chauffage au bois de type foyer ouvert
- Atmo Hauts-de-France / DREALDiagnostic de la qualité de l'air, annexe 3 du PPA de Lille et du bassin minier
- DREAL Hauts-de-FrancePlan de protection de l'atmosphère, annexe 1, plan d'action détaillé
- DREAL Hauts-de-FranceEncadrement du chauffage au bois
- Métropole européenne de LilleLa Prime Air de la MEL
- TF1 InfoFeux de cheminée : à Lille, la réglementation vient de changer