Article

À Loos, un implant pour le dos mise sur des tiges croisées pour préserver la mobilité

Imaginé dès 2016, le dispositif rachidien de PFFI doit encore passer les essais précliniques. La société installée à Loos cherche 600 000 euros supplémentaires pour les financer.

Illustration - Implant rachidien à tiges croisées

PFFI, société de technologies médicales dont le siège est à Loos, développe un implant qui pourrait stabiliser des vertèbres sans les immobiliser complètement. Sa particularité : des tiges souples disposées en diagonale, qui se croisent derrière la colonne vertébrale. Le 27 octobre, Eurasanté a annoncé que l’entreprise avait réuni 240 000 euros auprès d’investisseurs et cherchait encore 600 000 euros pour financer le démarrage de ses essais précliniques.

L’idée est née d’un problème bien connu des chirurgiens du dos. Pour traiter certaines instabilités vertébrales, ils pratiquent une arthrodèse, qui fusionne plusieurs vertèbres afin de les stabiliser. L’opération peut soulager les patients, mais elle supprime les mouvements entre les vertèbres concernées.

Le chirurgien Paul Fayada, fondateur de PFFI, cherche à obtenir autrement cette stabilité. Selon son associé Gilles Coutard, ingénieur en biomécanique, le dispositif prévoit des tiges à base de carbone, disposées en diagonale plutôt qu’en parallèle. L’objectif est de limiter les mouvements responsables de l’instabilité tout en conservant une certaine souplesse.

Des tiges croisées, mais difficiles à fixer

Ce croisement pose un problème mécanique : les tiges doivent être ajustées précisément à l’anatomie du patient, puis fixées sans perdre leur position. Les premières attaches imaginées par Paul Fayada pouvaient se déplacer légèrement lors du serrage, compliquant la pose.

Un brevet déposé en 2022 décrit une évolution du système, avec des pinces orientables permettant de régler la position des tiges avant leur blocage. La difficulté est de fixer les tiges sans modifier l’orientation choisie pendant l’opération.

Paul Fayada a déposé une première demande de brevet en 2016. PFFI a été créée en décembre 2018 et son projet, baptisé PFFI2, a été distingué au concours national d’innovation i-Lab en 2020. En octobre 2026, l’entreprise recherche encore les fonds nécessaires au démarrage des essais précliniques.

Des chirurgiens prêts à investir

Selon Eurasanté, plusieurs chirurgiens ont rejoint le comité scientifique de PFFI et certains sont entrés à son capital. Ils participent à l’évaluation du prototype et aident l’entreprise à rencontrer d’autres investisseurs.

Mais l’intérêt des praticiens ne remplace pas les essais. Avant d’être implanté chez des patients, le système devra notamment démontrer sa résistance aux contraintes mécaniques répétées et la fiabilité de ses fixations. PFFI ne présente pas encore de résultats cliniques démontrant un bénéfice pour les patients.

La stabilisation dynamique du rachis existe d’ailleurs déjà. Un essai clinique publié en 2022, concernant un autre dispositif, n’a pas constaté de supériorité fonctionnelle sur la fusion vertébrale après deux ans. Préserver du mouvement ne garantit donc pas, à lui seul, une meilleure récupération.

PFFI a son siège au bio-incubateur Eurasanté, rue du Docteur-Yersin à Loos, et possède également un établissement en Haute-Garonne, où son fondateur exerce dans la région toulousaine. Pour cette entreprise accompagnée dans le Nord, la prochaine étape sera de soumettre son assemblage de tiges croisées aux essais précliniques qu’elle cherche aujourd’hui à financer.

Sources consultées
  1. EurasantéPFFI : l'expertise chirurgicale au cœur du projet
  2. Annuaire des Entreprises, Insee et INPIPEGASE FAYADA FLEXIBLE INSTRUMENTATION, SIREN 844424804
  3. Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherchei-Lab, palmarès 2020
  4. OMPI, brevet consultable sur Google PatentsWO2018019792A1, Vertebral stabilisation device
  5. Office européen des brevets, demande consultable sur Google PatentsEP4531721A1, Vertebral stabilization device
  6. Bernhard Meyer et al., Journal of Neurosurgery: SpineLumbar dynamic pedicle-based stabilization versus fusion in degenerative disease: a multicenter, double-blind, prospective, randomized controlled trial