
Une ceinture qui conserve les rainures d’un pneu de vélo. Un soutien-gorge d’occasion inspecté, désinfecté, puis remis en vente. À Roubaix et à Cysoing, deux entreprises du Nord ont construit leur activité autour de ces objets délaissés. Elles figurent parmi les 16 finalistes des Trophées européens de la mode circulaire, sélectionnés parmi 275 candidatures venues de France, de Belgique et des Pays-Bas.
Leur défi : transformer des objets écartés en articles que des clients auront envie d’acheter.
À Roubaix, le pneu doit encore tenir la route
Fondée en 2017, La Vie est Belt fabrique des ceintures à partir de pneus de vélo usagés. Les bandes de caoutchouc conservent leurs motifs d’origine, mais tous les pneus ne conviennent pas : ceux de VTT dont les crampons dépassent 3 mm et les modèles craquelés sont écartés, faute de résistance suffisante.
L’entreprise a organisé sa collecte auprès d’ateliers de réparation, de déchèteries et de magasins de vélos. Elle récupère également des rebuts de fabrication auprès de manufacturiers. Les pneus sont ensuite triés, lavés et découpés pour devenir des accessoires.
À Roubaix, cette activité trouve notamment sa place à Tissel, une ancienne usine textile reconvertie en manufacture. La Vie est Belt y côtoie ReCycle-Moi, qui répare des vélos et lui fournit des pneus hors d’usage. Un circuit court où les déchets d’un atelier alimentent directement le travail d’un autre.
La marque travaille désormais aussi les cordes d’escalade, les tuyaux de pompiers et le linge de maison. Selon la Métropole européenne de Lille (MEL), elle devrait franchir en 2026 le cap des 100 000 pneus transformés en ceintures.
À Cysoing, gagner du temps sur la désinfection
Abracadabra Lingerie, lancée en 2022, affronte une difficulté différente. La seconde main est désormais familière pour les vêtements, beaucoup moins pour la lingerie, où l’hygiène et l’état des pièces sont décisifs.
Dans son atelier de Cysoing, l’entreprise collecte, inspecte, nettoie, répare si nécessaire et photographie les articles destinés à la revente. Chaque soutien-gorge doit être identifié par sa marque, sa taille et son état. Ceux qui ne satisfont pas aux critères de qualité sont écartés de la vente.
Mais comment traiter des centaines de pièces sans passer ses journées à étendre du linge ?
Marie Thieffry, cofondatrice de l’entreprise, a raconté avoir investi 5 320 euros dans une machine à ozone. Selon elle, l’appareil permet de désinfecter et de sécher une centaine de pièces en 45 minutes. Après six mois d’utilisation, l’équipe estime gagner 2 h 15 de travail par jour. Un progrès d’organisation qui évite aussi de multiplier les étendoirs dans les locaux.
D’après la MEL, plus de 60 000 pièces sont déjà passées par l’atelier pour être nettoyées et remises en état. Ce volume ne correspond pas nécessairement au nombre d’articles vendus, mais il donne la mesure du travail nécessaire pour faire fonctionner cette activité.
Le public vote jusqu’au 29 novembre
Les deux entreprises concourent dans la catégorie « marque circulaire établie », réservée aux projets de plus de 18 mois ayant déjà commercialisé leurs produits.
Le public peut voter pour un à trois projets sur le site officiel des Trophées jusqu’au 29 novembre à 17 heures. Ces suffrages représenteront un tiers de la note finale pour les trophées décernés avec le jury. Ils détermineront seuls le prix du public.
Les récompenses seront remises le 3 décembre à Lille. Avant cela, les 16 finalistes seront présentés du 12 novembre au 13 décembre à La Manufacture de Roubaix, où l’on pourra notamment voir de près les ceintures taillées dans les pneus de vélo.
Sources consultées
- Métropole européenne de LilleMode circulaire : votez !
- La Vie est BeltLes matières revalorisées
- TisselOù nous trouver en juin ?
- Abracadabra LingerieFAQ
- Marie Thieffry, cofondatrice d'Abracadabra LingeriePublication sur l'investissement dans une machine à ozone
- Trophées européens de la mode circulaireRèglement des trophées